De la crise du logement au défi de la ville

16.02.20120

Le logement s’est invité dans la campagne présidentielle. On ne peut que s’en réjouir, tant ses enjeux sont cruciaux, et toutes les idées bonnes à débattre. Mais, paradoxalement, cette focalisation sur le logement rend encore plus manifeste la grande absente des débats politiques : la ville.

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Cette absence de la ville peut s’expliquer pour plusieurs raisons. D’abord, l’élection présidentielle est nationale et pas locale. Sans doute peut-on également y voir une spécificité culturelle : Olivier Mongin, dans Télérama (numéro du 18 au 31 décembre 2010), soulignait ainsi que « Toute notre vision est centralisée. Rappelons la distinction de Fernand Braudel : l’Italie, focalisée sur la ville, est en manque d’Etat. La France, focalisée sur l’Etat, est en manque de ville. L’urbain n’y a jamais été que le prolongement de l’Etat. Cela s’est vu avec la construction des grands ensembles, puis avec la « politique de la ville » en direction des banlieues, et plus récemment avec le projet du Grand Paris ». Nombreux également sont ceux qui considèrent qu’il n’y aurait pas une spécificité du fait urbain et que, par exemple, les problèmes sociaux seraient d’abord sociaux avant d’être urbains.

Un concentré de notre époque

Pourtant, la ville (entendue au sens large de vaste territoire urbain) est le lieu où s’incarnent aujourd’hui la plupart des grands défis contemporains.

Le premier défi, c’est celui du développement durable, et plus exactement, celui de la ville durable, les villes concentrant les principales émissions de gaz à effets de serre. Pour autant, il s’agit de ne pas se réduire au seul prisme énergétique, mais bien tout autant de traiter du défi de la densité qui est l’une des principales réponses à l’étalement urbain – qui est bien souvent, pour reprendre l’expression de Vincent Renard, un « étalement des pauvres », avec des conséquences sociales qui risquent d’être bientôt dramatiques avec l’envolée des prix du pétrole.

Le deuxième défi, c’est de penser un système de gouvernance adapté à la métropolisation, c’est à dire à ce phénomène de concentration autour des polarités principales,  qui, s’il est le gage d’une certaine attractivité, emporte un risque significatif de fragmentation sociale et spatiale.

Enfin, le troisième défi, c’est celui de la privatisation de la ville, avec l’intervention d’acteurs privés de plus en plus concentrés et financiarisés, qui obligent les collectivités locales à réinventer leur rôle comme leurs moyens d’actions, dans un contexte financier public de plus en plus contraint.

Qu’on y prenne garde : les révoltes du Printemps arabe étaient d’abord des révoltes urbaines, et, en France, les très forts taux d’abstention aux dernières élections dans les banlieues « sensibles »  doivent inviter à la plus grande vigilance. Certes, la fabrique de la ville est complexe et ne peut appeler de réponses univoques. Pour autant, « quelle ville voulons-nous, collectivement » est une question qui mériterait presque un référendum.

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Auteur

Consultante en économie urbaine

Isabelle Baraud-Serfaty dirige Ibicity, structure de conseil et expertise en économie urbaine. Son cœur d’activité porte sur la coproduction publique-privée de la ville et le montage de projets urbains complexes.  Elle a auparavant été consultante en finances locales, directrice d’investissements d’intérêt général à la Caisse des Dépôts et Consignations, et directrice de programmes chez ING Real Estate Development. Elle est maître de conférences à Sciences Po (Master Stratégies Territoriales et Urbaines).