Certains gouvernements, certains partis se distinguent-ils par une gestion calamiteuse, ou vertueuse, des finances publiques… ou l’addiction au déficit et à la dette est-elle également partagée par tous ?
Les déficits actuels s’expliquent-ils essentiellement par la charge de la dette accumulée auparavant… ou les comptes sont-ils déjà dans le rouge avant que nous devions payer le premier euro d’intérêts ?
Les comptes de la Nation, calculés par l’INSEE 1, donnent de solides éléments de réponse.
Nous reconstituons le solde primaire – la différence entre les recettes de l'Etat et ses dépenses courantes, hors paiement des intérêts de la dette – à partir de la « capacité d’autofinancement des administrations publiques », dont nous déduisons le solde « dépenses moins recettes de la propriété », qui correspond approximativement au coût de la dette dans l’année. Pour pouvoir comparer les différentes années, nous prenons comme unité de compte le « point de PIB », qui correspond à 1 % de la valeur produite en France dans l’année.
En regard de ce solde primaire, nous faisons figurer le taux de croissance annuel du PIB : en effet, il est plus facile d’équilibrer les comptes quand la croissance est là ; au contraire, la récession se traduit par moins d’impôt, par plus de dépenses sociales, et parfois, par de coûteux « plans de relance ».

L’allure générale des courbes est parlante.
La croissance, forte au début des années 1960, hoquète depuis le premier choc pétrolier.
Les comptes publics fluctuent moins brusquement, mais la tendance d’ensemble est à la dégradation – 9 années excédentaires de 1958 à 1966, 9 années déficitaires de 2002 à 2010 !
Alors, peut-on mettre tout le monde dans le même sac ?
En y regardant de plus près, certains gouvernements se distinguent.
Un élargissement brutal des courbes traduit une dégradation accélérée des comptes publics, comme sous les gouvernements Bérégovoy, Balladur ou Fillon.
Un resserrement soudain des deux courbes démontre un redressement des finances publiques, malgré une situation économique difficile : c’est le cas des gouvernements Barre et Juppé, et surtout du gouvernement d’union nationale autour de De Gaulle en 1958, champion toutes catégories : les comptes publics s’étaient redressés de 2,5 points de PIB en un an (équivalant à 50 milliards d’aujourd’hui !), alors même que la croissance était réduite d’autant. Le gouvernement Jospin, qui a certes bénéficié du « boom » de la nouvelle économie, a également amélioré les comptes, assurant au service public français les trois dernières années d’excédent primaire qu’il ait connus.
Mais la réussite n’est pas toujours récompensée : seul le premier des quatre, De Gaulle, a gagné les élections suivantes !
Note
1. Séries longues : 1.102 Le produit intérieur brut et ses composantes en volume aux prix de l'année précédente chaînés ; 7.301 Compte des administrations publiques (S13)



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