Les infiltrés

Les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy sur son avenir personnel en cas de défaite ont jeté de l’huile bouillante sur un incendie qui déjà faisait rage.

Nicolas Sarkozy ou le complexe de Macbeth

Depuis plusieurs semaines déjà, le calendrier d’entrée en campagne du putatif candidat UMP est l’objet, chez les cadres du parti, de toutes les inquiétudes et de tous les fantasmes. Les effets de manche du candidat Hollande au Bourget ont certes été absolument sans effet dans les sondages, les socialistes se vantent que l’ « inquiétude [ait] changé de camp » – manière subliminale de dire qu’elle était auparavant dans le leur…

Le temps perdu par l'UMP pour ajuster sa stratégie face à François Hollande, et les cafouillages qui en découlent, pourraient bien au final faire le jeu d'un candidat socialiste pourtant bien passif.

Jeux de main

Quand alternance ne saurait aller de pair avec alternative, quand tout le monde sait que le changement se fera dans la continuité, quand aux supposés bras cassés de l’UMP on propose de substituer les chevaux de retour du Parti socialiste… eh bien il n’est pas facile de faire campagne, surtout si l’on est soi-même, comme l’est François Hollande, un candidat indésiré après avoir été un premier secrétaire indésirable.

Au Parti socialiste, les partisans de Martine Aubry parient désormais sur une défaite à la présidentielle suivie d'une victoire aux législatives qui serait synonyme pour la première secrétaire d'une installation à Matignon.

Un sale mec peut en cacher un(e) autre

L’entourage de Hollande vient enfin de comprendre que le camp d’en face avait entamé une guerre totale. Sarkozy multiplie les annonces de réformes toutes plus infaisables les unes que les autres pour occuper le terrain médiatique. Et ses affidés se multiplient en imprécations indignées à propos de chaque mot du candidat socialiste. On cherche donc au PS quelqu’un capable de jouer sur le même registre que Nadine Morano, devenue à gauche  le symbole de la mauvaise foi tous azimuts.

Malgré des sondages encore très favorables à François Hollande, le landernau socialiste est en train de théoriser une réélection de Sarkozy suivie d’une victoire de la gauche aux législatives.

PS : à qui le tour ?

La cohabitation entre Sarkozy et le PS qui s’annonce serait en fait plus paisible que celle qui s’est installée entre le candidat Hollande évoluant au niveau présidentiel et la première secrétaire Aubry, continuant à gérer les problèmes de politique au jour le jour dans une logique très matignonesque. Hollande n’en revient toujours pas de la façon dont ses partisans ont été écartés de la liste des législatives.

Les Français ne connaissent pas la langue allemande, et l’apprennent de moins en moins. Ils ne vont pas non plus en Allemagne faire du tourisme. Ils préfèrent l’Espagne et l’Italie. Et voilà qu’on leur demande de devenir un peu Allemands.

Couvrez cette Allemagne que je ne saurais voir

Les Français ne connaissent pas la langue allemande, et l’apprennent de moins en moins. Ils ne vont pas non plus en Allemagne faire du tourisme. Ils préfèrent l’Espagne et l’Italie.

Décidément, la candidature de François Hollande se déploie dans de bien dures conditions.

Dur, dur ! (ou mou, mou ?)

En 2007, le  Parti  socialiste avait fourni une preuve de sa capacité d’innovation en suscitant l’introduction dans le vocable politique d’un concept nouveau : la ségolenisation ! A ne pas confondre avec la vieille chabanisation que la droite avait inventée en 1974. Jacques Chaban-Delmas était mort, électoralement parlant,  au champ d’honneur des sondages, avec Malraux en maréchal du désastre ; Ségolène s’est tuée toute seule.  Or,  rue de Solferino, on n’hésite plus à annoncer que François suit le chemin de son ex et que la ségolenisation le menace.

Impossible d’être en campagne sans un dispositif bien huilé de « riposte ». De quoi s’agit-il ? De donner mandat à quelques jeunes aux crocs pointus de lâcher leur surcroît d’énergie sur les mollets de l’adversaire. Cela, si possible, avec des calembours acérés, des mots qui fassent mouche et des moyens techniques ultramodernes. Au tract, préférez le Twit.

L'art (difficile) de la riposte

Le silence sidéral observé par les troupes de l’UMP pendant les primaires socialistes s’étant finalement remarqué (surtout une fois les primaires finies…), il s’est agi au sein de l’UMP non pas de riposter (c’eût été trop beau) mais de mettre en place les conditions techniques de la riposte.

Pour ce faire, on décida de réunir tous les mercredis matin pendant presque une heure des membres distingués de l’UMP et quelques jeunes membres du gouvernement afin de disposer les boules puantes qui seraient dans les jours suivants balancées au beau milieu de l’arène politique.

Au PS,  après l’ère des primaires, voici venu le moment  de l’ère secondaire : en effet Hollande affronte maintenant les membres du Jurassic Park du parti.

Le programme socialiste adopté il y a moins d’un an rappelle le personnage de la pièce d’Eugène  Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser. Dans cette pièce, les héros cherchent à se défaire d’un cadavre d’autant plus encombrant qu’il double régulièrement de volume. Le programme officiel du PS obéit à la même règle : tout le monde en est désormais d’accord, il est à l’état de cadavre. Mais il occupe l’espace et sa capacité de nuisance double sans cesse. Cela tient en particulier à ce que le Jurassic Park socialo veille au grain.

Les coulisses de la majorité ne résonnent que d’un chiffre en ce moment.

Le montant de la dette française ? Non. La cote de popularité de Nicolas Sarkozy ? Oui… mais non. Les sommes déboursées en parties fines par certains notables lillois ? Non plus.

Le chiffre du jour, c’est 200, plus exactement : 200 heures. C’est le temps de parole concédé par le Parti socialiste à l’UMP après la sur-exposition médiatique des primaires. CSA dixit.

C’est une autoroute trois fois quatre voies qui s’ouvre devant des responsables politiques frustrés d’apparitions, témoins presque muets qu’ils furent de la déferlante socialiste.

« Ah, si on avait deux heures, ou vingt heures, on saurait quoi en faire, soupirent certains. Mais deux cents ! »
Les idées fusent.

Suivez les aventures de Barrès et Barras, nos infiltrés respectivement à l'UMP et au PS, qui auront à cœur de vous révéler les dessous, curiosités et indiscrétions – parfois inavouables – d'une campagne qui s'annonce riche à cet égard.

La campagne vue de l'intérieur