Sans responsabilité, le libre échange n’est qu’un leurre
19.10.20113
En interpellant François Hollande et Martine Aubry sur la dé-mondialisation, Arnaud Montebourg a réveillé Alain Madelin, qui a publié de son coté un plaidoyer sur le libre échange. Seulement l’ancien ministre de l’Economie donne l’impression d’analyser la mondialisation par le prisme unique des théories économiques, et passe sous silence certaines défaillances du système.
En interpellant François Hollande et Martine Aubry sur la dé-mondialisation, Arnaud Montebourg a réveillé Alain Madelin, qui a publié de son coté un plaidoyer sur le libre échange. Dans sa lettre l’ancien président de Démocratie Libérale nous explique que l’iPhone est « le résultat d’assemblages extrêmement complexes à l’échelle de la planète », et que le travail des ouvriers chinois ne représente que 1,3 % du prix de vente, l’essentiel de la valeur ajoutée étant captée par les Etats-Unis. Seulement l’ancien ministre de l’Economie donne l’impression d’analyser la mondialisation par le prisme unique des théories économiques, et passe sous silence certaines défaillances du système.
L’exposé ne mentionne pas que l’un des principaux sous-traitants d’Apple, le géant Foxconn a fait face en 2010 à une vague de suicide sans précédent. Il ne dit pas que des dizaines de sous-traitants chinois d’Apple sont accusées de graves rejets de polluants dans une étude publiée début septembre par une coalition d’ONGs chinoises. Enfin, l’exposé éclipse l’utilisation par nos téléphones portables de minerais comme le Coltan, issu des zones de conflits à l’instar de la République démocratique du Congo. Ce qui dérange dans cette mondialisation, ce n’est pas tant la compétition, mais le fait qu’elle soit biaisée par certains pays qui ne respectent pas toujours les droits sociaux et environnementaux les plus élémentaires.
Evaluation des risques environnementaux et sociaux

Source : Risque Pays EcoVadis 2010
Pouvons-nous accepter au prétexte de son efficacité économique une forme de libre échange qui se nourrisse du travail forcé, de la pollution irréversible de nos écosystèmes et de la corruption ? Mais céder à la tentation d’imposer des barrières douanières sur les produits à risques n’aurait d’autre conséquence que de privilégier des entreprises moins performantes, faisant perdre à la fois les consommateurs et les pays pauvres. Et nous assisterions alors à des replis protecteurs de part et d’autre – aux conséquences potentiellement désastreuses. Entre un protectionnisme du « repli sur soi » d’un coté et un libre échange « aveugle » de l’autre, émerge une nouvelle voie qui mérite d’être encouragée.
Pressés par l’impératif de sécurisation des approvisionnements, de protection des marques, de réduction des coûts énergétiques et par l’innovation, les acheteurs considèrent désormais les performances sociales et environnementales de leurs fournisseurs comme un élément de la performance globale. Le baromètre 2011 HEC des Achats Responsables révèle que 92 % des grandes firmes européennes voient les « achats responsables » comme une priorité alors qu’elles n’étaient que 40 % en 2003. Le rapport souligne que l’intégration des pratiques sociales des fournisseurs par les donneurs d’ordre est devenue une pratique managériale comme une autre visant aussi à renforcer la compétitivité de ces derniers. Ce faisant, les acheteurs inventent aujourd’hui une nouvelle forme de prix de marché intégrant la dimension « responsabilité sociale », et par là même posent les prémices d’un « libre échange responsable ».
LES 3 COMMENTAIRES
Anonyme
21 / 12 / 2011
La meilleure réponse que l'on puisse vous faire est de superposer la carte des risques environnementaux, avec la carte des pays pratiquant le libre échange ainsi qu'avec la carte de la corruption.
Et vous verrez une coïncidence quasi parfaite. Au plus un pays est libéral, au plus il est responsable de son environnement et au moins il y a de corruption.
Anonyme
21 / 12 / 2011
Je complète mon commentaire en reprenant votre titre. Sans responsabilité, il n'y a pas de libre échange, et sans libre échange, il n'y a pas de responsabilité.
JJ.S
02 / 01 / 2012
Incroyable cette leçon que veulent donner les partisans du libre-échange intégral, sachant que ce sont leurs idées «mondialistes » qui sont appliquées à notre pays depuis des années et que celles-ci ont largement prouvé leur nocivité et leur échec. Il est évident que le libre-échangisme mondial, par la concurrence étrangère et les délocalisations d’entreprises qu’il entraîne, détruit notre économie et nos emplois. Ce sont justement les pays qui protègent à juste raison leurs intérêts économiques vitaux qui réussissent le mieux et qui ont un taux de chômage moins élevé que les autres (Japon, Corée du Sud, Argentine, Brésil, Inde, etc.). Une économie forte est une économie DIVERSIFIEE et non pas SPECIALISEE. La France a besoin d’un secteur industriel important, car il est évident qu’il n’est pas possible employer l’ensemble du salariat français dans le secteur des services (qui se délocalise également), dans le tourisme ou dans les hautes technologies (croit-on que les pays « émergents » nous ont attendu pour cela ?). En outre, le protedctionnisme n’empêche nullement les échanges commerciaux , ainsi que l’innovation (le Japon le prouve). Il est grand temps d’en finir avec cette anar[filtered word] économique nommée « mondialisation » et de réhabiliter les frontières.
Auteur
Sylvain Guyoton est Vice Président Services d’ECOVADIS (www.ecovadis.com) qu’il a rejoint en 2007 lors de sa création. Sylvain travaille depuis 10 ans dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises. En 2002, il initie le 1er serment éthique dans un MBA européen. Il participe avec EUROSIF à l’élaboration des principes de transparence pour les fonds d’investissement éthiques. En 2003, il rejoint VIGEO, l’agence de notation sociale en tant que responsable de la recherche. Sylvain possède un Master en Gestion Industrielle de l’université de CRANFIELD ainsi qu’un MBA de l’INSEAD.




Incroyable cette leçon que veulent donner les partisans du libre-échange intégral, sachant que ce sont leurs idées «mondialistes » qui sont appliquées à notre pays depuis des années et que celles-ci ont largement prouvé leur nocivité et leur échec. Il est évident que le libre-échangisme mondial, par la concurrence étrangère et les délocalisations d’entreprises qu’il entraîne, détruit notre économie et nos emplois. Ce sont justement les pays qui protègent à juste raison leurs intérêts économiques vitaux qui réussissent le mieux et qui ont un taux de chômage moins élevé que les autres (Japon, Corée du Sud, Argentine, Brésil, Inde, etc.). Une économie forte est une économie DIVERSIFIEE et non pas SPECIALISEE. La France a besoin d’un secteur industriel important, car il est évident qu’il n’est pas possible employer l’ensemble du salariat français dans le secteur des services (qui se délocalise également), dans le tourisme ou dans les hautes technologies (croit-on que les pays « émergents » nous ont attendu pour cela ?). En outre, le protedctionnisme n’empêche nullement les échanges commerciaux , ainsi que l’innovation (le Japon le prouve). Il est grand temps d’en finir avec cette anarchie économique nommée « mondialisation » et de réhabiliter les frontières.
Je complète mon commentaire en reprenant votre titre. Sans responsabilité, il n'y a pas de libre échange, et sans libre échange, il n'y a pas de responsabilité.
La meilleure réponse que l'on puisse vous faire est de superposer la carte des risques environnementaux, avec la carte des pays pratiquant le libre échange ainsi qu'avec la carte de la corruption. Et vous verrez une coïncidence quasi parfaite. Au plus un pays est libéral, au plus il est responsable de son environnement et au moins il y a de corruption.
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