La crise a remis au cœur des préoccupations des Français la question de la justice sociale. La perception des inégalités s’est accrue, sans qu’elle concorde nécessairement avec la réalité de ces mêmes inégalités : le niveau de vie moyen sur moyenne période s’est amélioré, la mobilité sociale s’est plutôt accrue et les inégalités ont pendant longtemps décru à un rythme soutenu avant de se stabiliser dans les années récentes, même si on peut observer une très forte progression des hauts revenus au cours de la dernière décennie. De plus, en raison d’un niveau de protection sociale élevé, la traversée de la crise a été en France relativement amortie par le poids des stabilisateurs automatiques, et la progression du niveau de pauvreté, contenue, est sans équivalent avec la situation qui peut être observée dans les pays anglo-saxons.

Néanmoins, une polarisation des inégalités reste à l’œuvre, qui ne résume pas à la seule question des revenus : du côté de l’emploi, par exemple, baisse de l’intérim et non renouvellements des CDD ont représenté l’essentiel des suppressions d’emplois au cœur de la crise, tandis qu’un certain « compromis social français » continue à exclure de l’emploi certaines catégories de la population.

Si toutes les inégalités ne sont pas nécessairement injustes, certaines d’entre elles, dès lors qu’elles se caractérisent par leur permanence, voire leur fixité, entraînent une absence de mobilité sociale ou se polarisent de manière excessive sur certaines catégories de la population, risquent d’entamer le contrat social.

Les entreprises ne peuvent y être indifférentes, compte tenu non seulement de leur rôle dans la production de richesses, mais aussi de celui – déterminant – qu’elles sont amenées à jouer dans la mobilité sociale des individus, dès lors que l’institution scolaire semble avoir manifestement failli dans ce domaine.

Dans ce cadre, elles devront s’attacher à répondre au souci de justice sociale qui se manifeste de manière renouvelée en portant une attention particulière à la préservation de l’unité de leur corps social interne, menacé de bipolarisation en raison du creusement des écarts de conditions entre collaborateurs selon leur qualification, favorisé par le progrès technologique ; en s’attachant à accompagner le versement des rémunérations les plus importantes de critères d’équité ; en réintégrant dans l’emploi les salariés les moins qualifiés tout en leur redonnant des perspectives de mobilité.

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08.11.20110

Philippe Crouzet : Rénover notre modèle social

Par Charlotte Cabaton

Pour Philippe Crouzet, président du directoire de Vallourec, la priorité doit aller à la correction des défauts de notre modèle social qui ne protège aujourd'hui pas suffisament ceux qui en ont pourtant le plus besoin.

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