Agir sur la qualité du travail pour améliorer, à terme, la quantité de l’emploi : tel est le défi majeur à adresser pour les prochaines années. Emploi et travail sont en effet les deux faces d’une même réalité, et la détérioration du travail, tant dans les représentations (déclin de la valeur travail) que dans les faits (le malaise actuel du travail) est susceptible de « tuer » l’emploi de demain.
Depuis la crise de 1973, les gouvernements ont privilégié les politiques malthusiennes vis-à-vis du travail (abaissement de la cessation d’activité, alors même que l’espérance de vie après 60 ans n’a cessé de progresser ; subventions jusqu’à la fin des années 1990 des plans de préretraite ; diminution du temps de travail annuel, et du temps de travail hebdomadaire, avec la réforme des 35 heures). Or en plus de leur impact économique dont on mesure aujourd’hui les résultats – et qui expliquent largement l’écart entre la croissance effective et la croissance potentielle de notre pays – ces politiques ont eu de puissants effets quant aux représentations que les Français ont du travail.
Elles expliquent en particulier la profonde ambivalence que ces derniers entretiennent vis-à-vis de lui : plus encore que les autres Européens, les Français déclarent que le travail est très important dans leur vie, mais plus que les autres, ils souhaitent qu'il y prenne néanmoins moins de place. Ce paradoxe implique de s’interroger sur la manière dont le travail est aujourd’hui présenté, tant dans les médias que dans l’enseignement dispensé aux jeunes Français. Mais la valeur du travail ne saurait être dissociée de sa qualité, qui relève quant à elle directement de la responsabilité des entreprises et des administrations, et qui fait de ce dernier un élément choisi et non subi.
Ainsi, le travail ne peut plus être considéré dans sa seule dimension économique, c’est-à-dire sous l’angle de la contrepartie que l’entreprise verse à ses salariés et des garanties sociales qu’elle procure. Si cette dimension reste essentielle, elle doit être complétée pour répondre à la demande de sens qu’expriment les collaborateurs dans leur travail. L’entreprise de demain doit se donner pour objectif que le travail apparaisse de plus en plus et pour le plus grand nombre comme une activité vécue positivement ; une activité qui donne à chacun, quels que soient sa fonction, ses compétences et ses origines, des espaces d’initiative et de responsabilité, et apporte à chacun un sentiment d’utilité en tant que maillon indispensable à la concrétisation d’une ambition collective. Il ne s’agit pas là seulement d’un enjeu éthique : la théorie économique souligne le lien qui existe entre la performance de l’entreprise sur la durée et son efficacité dans l’utilisation du « capital humain ». Autrement dit, la capacité des entreprises à mobiliser ses collaborateurs en réinjectant du sens dans leur travail quotidien relève aussi pour elles d’un impératif économique.
Les articles
07.12.20111
Marché du travail : pour une flexibilité responsable
Par Débat&co
Le développement de la flexibilité de l’emploi offre aujourd’hui aux entreprises la souplesse indispensable pour affronter un environnement instable et répondre aux demandes de clients de plus en plus exigeants. Pour l'Institut de l'entreprise, qui publie aujourd'hui un rapport sur le sujet*, il faut ainsi abandonner une vision « honteuse » de la flexibilité pour l’aborder de façon pragmatique, accepter ce fait économique et social afin de mieux l’aménager. En effet, si la flexibilité est nécessaire, toutes ses formes ne se valent pas.
23.11.20110
Quelques vérités sur la "précarisation" des jeunes
Par Charles de Froment
Une étude parue aujourd’hui relance le débat sur la « précarisation de la jeunesse », qui se trouverait en première ligne face à la flexibilisation du marché de l’emploi. A première vue, les statistiques semblent donner raison à cette idée : CDD, intérim et emplois aidés représentent ainsi 1/3 de l’emploi des jeunes de 15 à 29 ans. Mais ce diagnostic sur la situation de la jeunesse, sur lequel s’appuient les propositions des différents candidats, souffre de nombreux défauts. Dès lors que l’on s’intéresse aux trajectoires des individus, la réalité se révèle ainsi plus complexe et moins sombre.
30.03.20100
Le plein emploi, un concept dépassé
Par Mathieu Mucherie
Encore aujourd’hui, en dépit d’une dangereuse hausse de 25 % du salaire minimum fédéral en trois ans et en dépit de tous les efforts de l’administration Obama-yes-we-can pour bureaucratiser tout ce qui peut l’être, l’actif américain le plus précieux reste la flexibilité du marché du travail.


