Qui est responsable du déficit public ?

07.11.20116

En chiffrant, pour la première fois, l’effort de maîtrise des dépenses publiques et le montant des mesures nouvelles de hausse, ou de baisse, des prélèvements obligatoires pour chaque année depuis 1989, j’ai pu déterminer sous quelle législature, et comment, le déficit public a été aggravé ou diminué.

Qui est responsable du déficit public ?

Le déficit public est passé de 2,7 % du PIB en 2007 à 7,1 % en 2010, mais il est injustifié d’imputer la responsabilité de cette augmentation à la majorité actuelle. Le déficit public résulte pour beaucoup de la conjoncture économique et celle-ci est largement indépendante de l’action des gouvernements. La crise de 2008-2009 a dégradé les comptes publics dans l’ensemble du monde.

Pour mesurer la part de responsabilité des gouvernements dans leur évolution, il faut neutraliser l’impact des variations conjoncturelles du PIB. C’est habituellement fait en mesurant le « déficit structurel », celui qui ne disparaîtra pas avec le retour de la croissance, mais son estimation présente des biais méthodologiques. En outre, il est souvent impossible de déterminer les décisions de politique économique, affectant les dépenses publiques ou les prélèvements obligatoires, qui sont à l’origine de ses variations d’une année à l’autre.

Une autre méthode est apparue il y a quelques années. Elle consiste à calculer « l’effort structurel » qui résulte de l’addition des deux éléments suivants : l’effort de maîtrise des dépenses publiques, d’une part ; le montant des mesures nouvelles de hausse, ou de baisse, des prélèvements obligatoires, d’autre part. Un gouvernement peut en effet être tenu pour responsable de la croissance des dépenses publiques et des modifications de la législation relative aux impôts et cotisations sociales. Un « effort structurel » négatif signifie que ces facteurs ont contribué à aggraver le déficit structurel, (et inversement pour un effort positif).

La loi de programmation des finances publiques pour les années 2011 à 2014 a pour principal objectif un effort structurel fortement positif et les organisations internationales commencent à suivre l’effort structurel réalisé par chaque pays dans le cadre des procédures de surveillance des politiques budgétaires.

Dans un article que la revue Sociétal vient de publier1, j’ai calculé, pour la première fois, l’effort structurel réalisé chaque année de 1989 à 2010. Les résultats apportent un éclairage nouveau sur l’histoire des finances publiques françaises en montrant précisément quand et comment a été creusé le déficit public.

L’effort structurel par législature (en % du PIB)

L’effort structurel par législature

L’effort structurel a été fortement négatif dans les années 1989 à 1993 (- 2,7 points de PIB), ce qui a tenu à une croissance très forte des dépenses publiques.

La législature 1994-1997 est la seule, jusqu’à présent, pour laquelle l’effort structurel a été positif et il l’a été pour un montant très significatif (+ 3,3 points de PIB), surtout du fait de mesures nouvelles de hausses des prélèvements obligatoires, mais aussi grâce à la maîtrise des dépenses.

Les années 1998 à 2002 ont été marquées par un effort structurel fortement négatif (- 2 points de PIB), surtout en raison de mesures de baisse des prélèvements obligatoires d’une ampleur considérable.

Les dépenses ont à nouveau augmenté rapidement dans la période 2003-2007 et l’effort structurel a été négatif (- 0,9 point de PIB).

Enfin, sous l’actuelle législature, l’effort structurel a été de nouveau négatif de 2008 à 2010 (- 1,5 point de PIB) en raison à la fois d’une insuffisante maîtrise des dépenses et de mesures de baisse des impôts. Cependant, les hausses d’impôts qui ont été décidées pour 2011 et 2012 devraient se traduire par un effort structurel bien moins négatif sur l’ensemble des années 1998 à 2012.

L’effort structurel a été particulièrement négatif pendant les années où la croissance économique a été soutenue (autour de 1990 et de 2000), ce qui a constitué une lourde erreur de politique économique. Il aurait fallu profiter de ces périodes pour redresser les comptes publics au lieu de vider des « cagnottes » virtuelles. Il se trouve que la majorité parlementaire était alors à gauche. La droite aurait peut-être mené la même politique si elle avait été au pouvoir pendant ces années, mais on ne peut pas refaire l’histoire.

 

Note

1. « Pourquoi le déficit public s’aggrave-t-il ? Â», Sociétal n°74, 4ème trimestre 2011. A consulter pour plus de détails sur la méthode et les résultats.

LES 6 COMMENTAIRES

Aurélien

07 / 11 / 2011

C'était quoi les baisses d'impôts sous jospin ?

Ecalle

07 / 11 / 2011

allègements de charges sociales compensant la hausse du smic horaire liée au passage à 35 H (0,6 point du PIB de l'époque, soit 12 Md€ avec le PIB actuel); réforme de l'impôt sur le revenu (12 Md€); baisse de un point du taux normal de TVA et taux réduit pour l'entretien du logement (10 Md€); suppression de la majoration d'IS (4 Md€); suppression de la composante salaire de l'assiette de la taxe professionnelle (4 Md€) et d'autres moins importantes...

Anonyme

10 / 11 / 2011

Je me souviens de la gourmandise de certains à répartir la fameuse "cagnotte" fiscale (30Md€) révélée en 2000 par Bercy (gouvernement Jospin). Il avait été extrêmement difficile de connaître le montant exact de ces recettes non prévues, engendrées par une croissance en train de redémarrer. Finalement, cette cagnotte a servi à tout, sauf à la réduction des déficits...

Ecalle

10 / 11 / 2011

Il était d'ailleurs syptomatique de parler de cagnotte alors que la dette publique s'élevait déjà à quasiment 60 % du PIB.

michel

13 / 11 / 2011

Je crois qu'il faut effectivement analyser le phénomène en mettant en perspective nos résultats et l'environnement international. Certains (je pense au site du PS) publient des graphes colorés faisant ressortir des variartions qui leur semblent favorables. Il y a même, de la part de ce parti, déclinaison d'une "fiche argument" ...,"à diffuser à vos amis". C'est leur jeu. Mais c'est très largement une manipulation dont la subtilité suprême est précisément de partir de données ecaxtes. Sans exonérer bien entendu le pouvoir actuel, il faut tracer des courbes nous comparant aux économies comparables de même qu'au moyennes UE, Zone Eureo et OCDE notamment. Sans entrer dans le détail, et à confirmer, la baisse des déficits dans les années 97 est réelle et, de memoire de l'ordre de 3%..., contre 10% chez les autres. La hausse de la dette depuis la crise de 2008 est incontestable mais est à peu près comparable à la moyenne et, même un peu moindre si on caclule hors RFA, et en tout cas inférieure à celle de Esp, GB ou USA. Je pense qu'on gagnerait à de telles comparaisons. Rappelons encore que les grands esprits qui s'indignent aujourd'hui estimaient, il y a encore quelques mois, que la dette n'était pas un problème. J'ai quelques citations mais en ai hélas oublié d'autres que j'aurais aimé retrouver (dans des émissions TV chez Y Calvi si ma mémoire est bonne). En bref, comme lors de la sortie du rapport Pebereau, on "voulait faire peur"! Enfin, le pb de fond est structurel. Et c'est la dépense publique. Les reformes ne peuvent gère intervenir qu'à moyen terme. Pas question de détailler ici, car j'ai été assez long, mais c'est sûrement sur ce plan qu'il faut poursuivre.

Ecalle

14 / 11 / 2011

Les comparaisons internationales sont en effet essentielles. J'y pense pour un prochain billet...

Les comparaisons internationales sont en effet essentielles.
J'y pense pour un prochain billet...

Je crois qu'il faut effectivement analyser le phénomène en mettant en perspective nos résultats et l'environnement international.
Certains (je pense au site du PS) publient des graphes colorés faisant ressortir des variartions qui leur semblent favorables. Il y a même, de la part de ce parti, déclinaison d'une "fiche argument" ...."à diffuser à vos amis". C'est leur jeu.
Mais c'est très largement une manipulation dont la subtilité suprême est précisément de partir de données ecaxtes.
Sans exonérer bien entendu le pouvoir actuel, il faut tracer des courbes nous comparant aux économies comparables de même qu'au moyennes UE, Zone Eureo et OCDE notamment. Sans entrer dans le détail, et à confirmer, la baisse des déficits dans les années 97 est réelle et, de memoire de l'ordre de 3%.... contre 10% chez les autres. La hausse de la dette depuis la crise de 2008 est incontestable mais est à peu près comparable à la moyenne et, même un peu moindre si on caclule hors RFA, et en tout cas inférieure à celle de Esp, GB ou USA. Je pense qu'on gagnerait à de telles comparaisons. Rappelons encore que les grands esprits qui s'indignent aujourd'hui estimaient, il y a encore quelques mois, que la dette n'était pas un problème. J'ai quelques citations mais en ai hélas oublié d'autres que j'aurais aimé retrouver (dans des émissions TV chez Y Calvi si ma mémoire est bonne). En bref, comme lors de la sortie du rapport Pebereau, on "voulait faire peur"! Enfin, le pb de fond est structurel. Et c'est la dépense publique. Les reformes ne peuvent gère intervenir qu'à moyen terme. Pas question de détailler ici, car j'ai été assez long, mais c'est sûrement sur ce plan qu'il faut poursuivre.

Il était d'ailleurs syptomatique de parler de cagnotte alors que la dette publique s'élevait déjà à quasiment 60 % du PIB.

Je me souviens de la gourmandise de certains à répartir la fameuse "cagnotte" fiscale (30Md€) révélée en 2000 par Bercy (gouvernement Jospin).
Il avait été extrêmement difficile de connaître le montant exact de ces recettes non prévues, engendrées par une croissance en train de redémarrer.
Finalement, cette cagnotte a servi à tout, sauf à la réduction des déficits...

allègements de charges sociales compensant la hausse du smic horaire liée au passage à 35 H (0,6 point du PIB de l'époque, soit 12 Md€ avec le PIB actuel); réforme de l'impôt sur le revenu (12 Md€); baisse de un point du taux normal de TVA et taux réduit pour l'entretien du logement (10 Md€); suppression de la majoration d'IS (4 Md€); suppression de la composante salaire de l'assiette de la taxe professionnelle (4 Md€) et d'autres moins importantes...

C'était quoi les baisses d'impôts sous jospin ?

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Auteur

François Ecalle
Economiste

François Ecalle, économiste, a une longue expérience de l’élaboration et de l’évaluation des politiques économiques au sein de l’administration. Il a enseigné l’économie et la gestion publique dans plusieurs grandes écoles et il est actuellement chargé d’un cours de politique économique à l’université Paris I. Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment Maîtriser les finances publiques ! Pourquoi, comment ?, Economica, 2005 (Grand Prix de l’Académie des sciences morales et politiques).