Gilles Saint-Paul : « Le débat sur les plans sociaux est trompeur »

13.06.20120

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a confirmé ce matin la nomination de 22 délégués dont le rôle, au plus proche du terrain, sera de « favoriser la recherche de solutions alternatives à la fermeture de sites ou d'entreprises » et donc veiller à ce que « tous les efforts aient été faits par les parties pour trouver une solution de reprise d’activité qui pérennise les emplois ». La mise en place de ce dispositif intervient en effet dans un contexte de forte visibilité médiatique de la question de l'emploi, mise sur le devant de la scène par le regain de plans sociaux. Mais l'émoi suscité par ces derniers est-il véritablement justifié ? L'économiste Gilles Saint-Paul relativise.

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En matière d’emploi, le gouvernement et les médias semblent se focaliser actuellement sur les seuls plans sociaux. Le gouvernement a dressé une liste de 36 entreprises en danger et la CGT a recensé 46 plans sociaux en préparation qui toucheraient 45 000 salariés. Pourtant, ces plans sociaux ne sont responsables que d’une toute petite partie des destructions d’emplois…

Gilles Saint-Paul – Effectivement, ces plans sociaux concernent quelques dizaines de milliers d’emplois, alors que les destructions d’emplois se chiffrent plutôt à un demi-million par an, soit 10 000 à 15 000 par jour. Avant de se résoudre à un plan social, les entreprises gèlent les embauches, suppriment le recours à l’intérim, décident de ne pas renouveler les CDD. Les vraies victimes de la crise ne sont donc pas forcément les salariés concernés par ces plans sociaux, mais plutôt les nouveaux entrants sur le marché du travail : les jeunes, les femmes qui veulent reprendre un travail après une interruption… C’est le fait de ne pas trouver de travail qui constitue le vrai problème.

Pourquoi, alors, cette focalisation sur les plans sociaux ?

Parce que les salariés frappés par ces plans sociaux ont davantage à perdre, en moyenne, que les autres. Ils sont souvent dans des entreprises plus grosses. Ils bénéficient de salaires en moyenne plus élevés et de conventions collectives avantageuses. La rupture est donc plus douloureuse. Ajoutons que ces salariés sont souvent représentés par des syndicats assez forts qui voudraient que cette population relativement protégée s’agrandisse. Alors que cette protection rend ces salariés plus coûteux à employer.

En 2011, 14 % des sorties de l’emploi se sont faites par le biais de ruptures conventionnelles. Ce dispositif créé en 2008 a-t-il accéléré les destructions d’emplois ?

Ce chiffre de 14 % est élevé, mais il ne nous donne pas beaucoup d’informations. Ce dispositif a très certainement permis d’exploiter des marges de négociation entre salarié et employeur. Il y a sans doute eu des effets d’aubaine, mais des deux côtés. Et l’impact sur l’emploi me semble donc négligeable.

Cette multiplication de plans sociaux n’est-elle pas, malgré tout, inquiétante ?

Si, bien sûr. Jusqu’ici, la France avait plutôt mieux résisté que d’autres pays en matière d’emplois parce qu’il est coûteux pour les entreprises de se séparer de leurs salariés. Si aujourd’hui les entreprises franchissent le pas, c’est parce qu’elles se sont fait une raison sur le ralentissement conjoncturel et qu’elles préfèrent payer.

Dans une économie de marché, on doit toujours s’attendre à ce qu’il y ait des destructions d’emploi et simultanément des emplois créés. Les plans sociaux ne sont en eux-mêmes ni un mal, ni une cause première du chômage. Le débat est donc trompeur et il conviendrait plutôt de se pencher sur les causes réelles du chômage qui résident dans la réglementation excessive des marchés du travail et des biens, qui tend à augmenter le coût du travail d’un côté tout en réduisant la productivité de l’autre.

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Auteur

Journaliste

Ingénieur de formation et passée par l'enseignement, Odile Esposito débute sa carrière de journaliste à l'Usine Nouvelle, dont elle finira par prendre la rédaction en chef, avant d'intégrer les Echos, où elle dirigera notamment la rédaction du site internet, puis la Tribune, au poste de rédactrice en chef Industrie et Services puis Editos/Opinions. Désormais freelance, elle collabore à la rédaction de Débat&co.

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