Michel Pébereau : Des dépenses publiques, oui, mais efficaces et productives
09.02.20120

Nul candidat sérieux à la présidentielle n'ose nier l'effort de redressement des finances publiques qui doit être opéré. Les programmes qu'ils présentent devant les Français s'attachent d'ailleurs à détailler l'ensemble des moyens que chacun compte déployer pour revenir à l'équilibre. Si, les circonstances aidant, la prise de conscience est – enfin – réelle, c'est pourtant bien avant la crise que l'alarme a été donnée. Il y a six ans, Michel Pébereau, alors président de BNP Paribas et de l'Institut de l'entreprise, remettait au ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie le rapport de la Commission sur la dette publique qu'il avait présidée. Le constat était déjà sans appel, invitant sans plus attendre à "rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale". Michel Pébereau dresse, pour les lecteurs de Débat&co, un bilan des six années écoulées.
En décembre 2005, vous faisiez déjà le constat de l’état préoccupant de nos finances publiques. Vous appeliez à leur remise en ordre sous cinq ans. Six ans après, et bien qu’en mai 2010, Paul Champsaur et Jean-Michel Cotis aient de nouveau enfoncé le clou, mais aussi que certaines actions aient été entreprises, la situation a continué de se dégrader. Comment l’expliquez-vous ?
Michel Pébereau – Par la crise. La crise de confiance qui a suivi la faillite de Lehman Brothers fin 2008 a provoqué une récession mondiale. Pour éviter que celle-ci soit trop profonde, les gouvernements des pays avancés ont substitué une demande publique supplémentaire à la demande privée défaillante. Ils ont ainsi creusé les déficits et gonflé la dette publique.
Mais dans la plupart des domaines évoqués par la Commission en 2005, des actions ont été engagées, et avec détermination. Pour les dépenses de l’Etat, la révision générale des politiques publiques (la RGPP) a organisé des restructurations et des modernisations profondes des services centraux et territoriaux. Les économies annuelles qu’elle a générées par rapport à 2007, y compris le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, vont atteindre 9,5 milliards d’euros en 2011 et 15 milliards en 2013. En 2012, l’Etat doit stabiliser sa dépense (hors intérêts et pensions) en euros courants pour la première fois depuis 1945.
Du côté de la dépense sociale, la réforme des retraites a été décidée malgré la multiplication des manifestations. Pour la première fois depuis 1997, l’assurance maladie n’a pas dépassé l’objectif de dépenses fixé par le Parlement en 2011. Il faut aller plus loin et résorber définitivement les déficits de la sécurité sociale. Il est en effet scandaleux que nous reportions, par l’emprunt, une partie de nos dépenses de tous les jours sur les générations à venir, alors que celles-ci auront à faire face à leurs propres charges à ce titre.
Il est donc indispensable de poursuivre l’effort, et de l’étendre aux dépenses des collectivités territoriales qui ne cessent de progresser, tout comme leurs effectifs. Le comité Balladur n’a pas déclenché les réformes institutionnelles qu’il laissait espérer.
Il est vital pour notre pays de maîtriser ses déficits, dans les délais qu’il s’est fixés. Sinon les investisseurs nous imposeraient, pour le simple refinancement de la dette publique existante (85 % de notre PIB), des taux d’intérêt qui asphyxieraient notre économie : 1 % de plus de taux d’intérêt, ce sont des charges annuelles supplémentaires, passant de 2 milliards d’euros à plus 10 milliards en quelques années. Comme nous sommes installés dans les déficits depuis 1975 pour l’Etat et depuis 1981 pour l’ensemble des administrations publiques, nous ne pouvons pas nous étonner que les investisseurs aient besoin d’être rassurés sur notre capacité à les éliminer.
Les politiques d’austérité ont mauvaise presse et les politiques se refusent à les considérer comme des options. Quelles alternatives sérieuses pouvez-vous leur recommander ?
La commission l’avait démontré en 2005 : l’origine de notre surendettement est la gestion insuffisamment rigoureuse des dépenses publiques depuis 1981. Il faut poursuivre sans relâche le travail engagé et remettre à plat toutes les dépenses ; nous assurer qu’elles sont gérées avec le même souci d’économie et d’efficacité, de productivité, que celles des activités concurrentielles. C’est indispensable pour rétablir nos équilibres financiers sans dommage pour la qualité du service public ; et sans relever le niveau global de nos prélèvements obligatoires dans des conditions qui affecteraient la compétitivité de notre territoire : pour le ratio des prélèvements au PIB, nous sommes en tête des pays du G7.
Au delà , un réexamen rigoureux dégagerait des marges de manœuvre pour des dépenses nouvelles de recherche, d’éducation, d’infrastructures, qui accélèreraient la croissance. Les travaux effectués par la Commission sur les investissements à venir en ont démontré l’intérêt et la faisabilité. En gérant avec rigueur la dépense, nous pouvons non seulement rééquilibrer nos finances publiques mais aussi les remettre au service de la croissance et de la cohésion sociale.
Un gouvernement économique européen constituerait-il une garantie supplémentaire ?
La bonne santé de l’Euro suppose le respect scrupuleux par tous les pays de la zone des disciplines budgétaires auxquelles ils se sont engagés par le pacte de stabilité et de croissance. La crise des dettes souveraines vient de le rappeler.
Le renforcement des règles dans ce domaine était indispensable. Il doit être assuré par le pacte euro plus, déjà mis en oeuvre, et par le nouveau « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union Economique et Monétaire ». La création rapide du Mécanisme Européen de Solidarité va renforcer la solidarité financière. Le renforcement de la coordination des politiques économiques est engagé, avec le suivi, prévu, des questions relatives à la compétitivité et à l’emploi. La mise en place d’une gouvernance économique de la zone euro, avec la réunion périodique et fréquente des chefs d’Etat et de gouvernement concernés, est un progrès essentiel.
La construction européenne avance. Il est évident que certains problèmes délicats, comme la crise grecque, devraient être traités plus vite. Mais on est un peu injuste en ne reconnaissant pas les signes d’efficacité : il a fallu trois mois seulement aux européens pour faire approuver par les dix sept systèmes législatifs nationaux concernés les décisions arrêtées par le sommet de juillet dernier. C’est une vraie performance, qui aurait mérité d’être saluée.
Auteur
Diplômée de Sciences Po, formée au sein des rédactions du New York Times à Paris, de LCI et de France 24, Charlotte Cabaton est, dans le cadre de ses fonctions à l'Institut de l'entreprise, rédactrice en chef du site Débat&co et adjointe au directeur de la rédaction de la revue Sociétal.





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