Philippe Crouzet : Rénover notre modèle social

08.11.20110

Pour Philippe Crouzet, président du directoire de Vallourec, la priorité doit aller à la correction des défauts de notre modèle social qui ne protège aujourd'hui pas suffisament ceux qui en ont pourtant le plus besoin.

RETOUR A SORTIR DE LA CRISE - PAROLES DE PATRONS

Le modèle social français est efficace mais pas pour tout le monde. Il ne l’est que pour ceux qui sont déjà à l’intérieur du système. Or, beaucoup des suppressions d’emplois annoncées en cas de recession vont être absorbées en embauchant moins. La crise risque ainsi de conduire à des ajustements sur le dos de ceux qui sont déjà en dehors de l’emploi.

Et ce qui me préoccupe plus précisément, ce sont ces 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système éducatif et dont le degré d’employabilité est tres faible. Si on continue de si peu s’en préoccuper, le phénomène ne va faire que s’amplifier, surtout avec une hypothèse de croissance durablement faible.

Ce sujet là me semble prioritaire. Il est aussi une bonne illustration des faiblesses d’un modèle social français qui n’est pas suffisamment intégrateur et qu’il va falloir corriger.

Un certain nombre d’avantages sociaux qui profitent à ceux qui sont à l’intérieur du système devront être remis en cause. Cela ne sera acceptable par les partenaires sociaux, et les Français en général, qu’à condition de proceder à des réallocations vers les populations fragilisées, dont l’abandon génère de toute façon un coût non négligeable en termes de chômage de longue durée et d’exclusion. S'attaquer a ce sujet est donc a la fois une condition d'acceptabilite de la remise en cause d'avantages sociaux et un facteur de reduction directe des couts sociaux. Et c'est une exigence humaine et d'equilibre de notre société.

A ce titre, l’évolution de notre pyramide des âges nous impose un défi de taille mais constitue en mene temps une opportunité formidable. Dans les dix ans qui viennent, nous allons connaître une forte vague de départs à la retraite et donc de gros besoins de remplacement qu’il nous faudra pourvoir vite, sauf a voir les coûts du travail repartir à la hausse ou, pire, a perdre ces emplois..

Y faire face suppose de dresser un constat lucide et partagé sur la façon dont les entreprises recrutent, sur leur capacité réelle à intégrer les moins qualifiés, sur l’efficacité des dispositifs publics censés y aider mais aussi sur la formation professionnelle qui n’est aujourd’hui absolument pas à la hauteur des besoins.

On se préoccupe toujours davantage, en France, d'afficher des objectifs quantitatifs que de s’assurer que les résultats sont atteints en termes d'adaptation et d'integration. Le système fonctionne dans une logique très administrative, alors que la solution consisterait à faire davantage confiance aux entreprises et aux partenaires sociaux.

Nous avons la chance d’avoir une base de main d’œuvre qualifiée, compétente et loyale. Nous avons le devoir de la renouveler en approfondissant l’effort sur la formation. Car, en réalité, c’est la matière grise qui constitue notre plus grande ressource.

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