Le logement, un casse-tête aussi pour les entreprises

16.02.20120

La crise du logement s’est installée parmi les thèmes majeurs de la campagne électorale et chaque candidat avance ses propositions. Flambée de l’immobilier et des loyers, difficulté, notamment pour les plus modestes, de se loger à un coût raisonnable, le constat est là. Chiffré. Avec des conséquences fortes sur le retour à l’emploi des chômeurs et la mobilité des salariés.

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C’est une étude menée à l’été dernier par le Credoc qui l’assure : « sur les 4,6 millions de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, on estime que 500 000 (soit 11 %) ont renoncé à un poste pour ne pas avoir à supporter un surcoût financier en matière de logement ; et en élargissant la perspective à l’ensemble des personnes en âge de travailler, environ 2 millions de personnes auraient récemment refusé un poste pour cette raison (6 % de la population en dehors de travailler ». Pourtant, ajoute cette étude, les Français se disent prêts à bousculer leurs habitudes pour trouver un emploi : 75 % accepteraient de déménager dans une autre commune, 61 % dans une autre région et 38 % dans un autre pays. Mais des temps de transport trop importants ou les lourds frais nécessaires pour se reloger freinent les ardeurs.

Car les frais liés au logement pèsent de plus en plus sur les ménages, et notamment sur les moins aisés. Les prix de l’immobilier flambent, rendant très difficile l’accession à la propriété. Et les loyers suivent le mouvement, notamment dans le secteur privé. Quant à l’habitat social, il est engorgé, faute de logements disponibles dans les zones en tension. Pourtant, l’Etat investit fortement pour faire face à cette crise â€“ le Centre d’analyse stratégique chiffre ses dépenses à 37 milliards d’euros par an, qui vont pour moitié aux « aides à la pierre » et pour moitié aux aides aux ménages –, mais sans parvenir à la résorber.

Catalogue de solutions

Face à ce casse-tête, chaque candidat y va de sa proposition. François Hollande prône ainsi un encadrement des loyers, notamment à la relocation. Une idée inspirée par le système du loyer de référence (Mietspiegel) en vigueur en Allemagne, mais plutôt décriée par les professionnels du secteur. L’économiste Vincent Bénard la juge « démagogique et contre-productive ».

Pour libérer davantage de foncier, et calmer ainsi la flambée immobilière dans les zones en tension comme l’Ile de France, François Hollande et Nicolas Sarkozy proposent une cession des terrains appartenant à l’Etat pour la construction de 130 000 logements sociaux. Ce qui résorberait une partie du déficit estimé par les experts à près d’un million de logements sociaux. Le candidat du Parti socialiste propose aussi un doublement du plafond du Livret A qui apporterait, selon lui, une vingtaine de milliards d’euros supplémentaires au logement social. Au risque, toutefois, de détourner ainsi une partie de l’épargne du financement des entreprises. Enfin, le chef de l’Etat a annoncé fin janvier l’accroissement de 30 % des droits à construire. Un « outil » salué par Didier Ridoret, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB) qui attend toutefois de voir si les élus locaux vont ou non s’en saisir. Une mesure qui irait aussi vers une densification de l’habitat, prélude, si elle est correctement menée, à cette ville durable du futur à laquelle Isabelle Baraud-Serfaty invite les candidats à réfléchir.

Les entreprises ponctionnées

Ces mesures pourraient-elles suffire à résorber la crise ? L’avenir le dira. En attendant, les entreprises tentent de faire face. Préoccupées depuis fort longtemps par cette question, elles avaient été à l’origine du « 1 % Logement » (rebaptisé depuis Action Logement), une cotisation versée par toutes les entreprises de plus de 20 salariés et destinée à aider ces derniers à acquérir ou à louer un logement. Mais « ces cotisations sont de plus en plus ponctionnées par l’Etat et ce 1 % est devenu 0,16 % », déplore Jean-Pierre Guillon, le président d’Action Logement. La belle idée de départ ne tient donc plus ses promesses. Et le logement est redevenu un casse-tête pour les DRH. Alors pourtant que les entreprises financent, au-delà du 1 % Logement, une bonne part de l’effort national dans ce domaine, comme le calcule Julien Damon.

Initiatives diverses

Pour répondre à la demande, nombre de grands groupes comme Total, EDF ou La Poste, aident leurs salariés par le biais d’aides financières, de prêts à taux très faibles, voire par la réservation directe de logements sociaux. D’autres entreprises, des PME souvent, imaginent des solutions originales, notamment pour les jeunes en apprentissage ou en période d’essai. Le fabricant de câbles Axon’Câble, à Montmirail (Marne) a ainsi acheté et aménagé une trentaine de chambres proches de son site. « Notre commune est un peu excentrée et ce n’est pas facile de trouver un logement temporaire, explique Bettina François, la responsable de la communication. C’est une solution de dépannage et lorsque le stage ou la formation sont terminés, nous aidons les jeunes à se diriger vers les organismes d’HLM ». Le patron d’un hypermarché Leclerc de Saint-Nazaire a, lui, carrément fait construire l’an dernier un immeuble de 22 logements pour ses salariés, contraints à de longs trajets quotidiens par les prix prohibitifs de l’immobilier en bord de mer.

Ces initiatives devraient toutefois demeurer ponctuelles, les entreprises n’ayant pas vocation à se transformer en promoteurs immobiliers. D’ailleurs, nombre de grands groupes ne se sont-ils pas débarrassés de leurs parcs de logements à la fin des années 1990 ? Un retour en arrière semble impossible. Et force est donc de trouver d’autres solutions.

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Auteur

Journaliste

Ingénieur de formation et passée par l'enseignement, Odile Esposito débute sa carrière de journaliste à l'Usine Nouvelle, dont elle finira par prendre la rédaction en chef, avant d'intégrer les Echos, où elle dirigera notamment la rédaction du site internet, puis la Tribune, au poste de rédactrice en chef Industrie et Services puis Editos/Opinions. Désormais freelance, elle collabore à la rédaction de Débat&co.

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