Quelle doit être la part du nucléaire dans le mix énergétique français ? A cette question, fondamentale, François Hollande et Nicolas Sarkozy proposent des réponses différentes, dont on peut sans doute regretter qu’elles n’aient pas été davantage développées sur le fond au cours de cette campagne.
« Le mythe de la puissance technologique sur lequel s’est appuyé le Japon pendant des années s’est effondré, entrainant la défaite de notre éthique et de nos valeurs. »
Haruki Murakami, discours prononcé lors de la remise du Prix International de Catalogne, 2011.
Les sinistres anniversaires de Fukushima (11 mars), du Titanic (14 avril) et de Tchernobyl (26 avril) rappellent que l’ingénierie des hommes n’est jamais infaillible. L’après Fukushima aurait mérité, à l’instar des échanges sur la réduction des déficits, un débat présidentiel de plus haute teneur. Mais entre les moqueries à droite et les tractations PS-EELV à gauche, les véritables sujets ont été escamotés. Pas sûr, par ailleurs, que l’introduction mercredi matin d’un militant de Greenpeace dans la centrale de Bugey permette d’élever les discussions.
Indéniable risque
En premier lieu c’est la question des risques auxquels nous sommes confrontés qui est posée. Les ingénieurs du paquebot britannique n'imaginaient pas qu'une seule brèche endommagerait simultanément plusieurs compartiments étanches. Quant à la centrale japonaise, les digues étaient conçues pour des vagues de 5,7 mètres alors que le jour de la catastrophe elles sont montées jusqu’à 14 mètres. Quid des hypothèses de seuils d’inondation ou de sécheresse retenues pour les 58 réacteurs nucléaires Français ? Nos ingénieurs sont-ils plus éclairés ? Pour Jacques Repussart, directeur général de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) : « Fukushima a révélé qu’un accident grave était possible, même dans un pays considéré comme sûr ».
Ensuite c’est l’industrialisation dans un secteur libéralisé qui fait débat. Avec des chaînes de responsabilités de plus en plus éclatées, le rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ANS), publié le 3 janvier dernier, précise que « la surveillance des sous-traitants doit être renforcée et ne doit pas être déléguée par l’exploitant ».
Exception française
Au total l’application des mesures de renforcement de la sécurité préconisées par le rapport de l’ASN s’élèverait à 10 milliards d’euros selon EDF. Alors que Rémy Prudhomme estime qu’une électricité sans nucléaire serait 3 fois plus chère.
Mais combien couterait – à la suite d’un drame – le confinement d’une région de l’hexagone ? Nul ne le sait. En 2011, plusieurs pays ont revu leur politique en matière de nucléaire : la Chine a gelé les nouvelles autorisations, l'Allemagne a annoncé la fermeture de toutes ses centrales avant fin 2022, l’Italie a mis fin à ses projets. En France, pas de réduction programmée pour le moment.
Je m’incline devant une tête
poisson. Qu’as-tu vu, dans
le tsunami, qu’as-tu vu qui
ne t’a laissé que la tête.
Vanité, vanité.
Ryôichi Wagô, Poète Japonais
Plusieurs économistes, comme Fatih Birol, économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie, soulignent que le prix du pétrole menace plus l’économie mondiale que la crise des dettes publiques. Comme l’exhortait le programme de François Bayrou, c’est précisément parce que nous avons encore besoin de l’atome que « la garantie de sécurité des installations est non négociable ». Trois des quatre pays les plus dotés en réacteurs nucléaires au monde ont connu des accidents graves : Three Mile Island (USA), Tchernobyl (Ukraine), Fukushima (Japon). Seule la France a échappé au pire. Réelle supériorité ou péché d’orgueil ? La seconde option serait un funeste cadeau à laisser à nos enfants.




VOUS AUSSI RÉAGISSEZ