Les solutions avancées sur l’âpre débat du « Made in France » couvrent tout le spectre des possibles : des nationalisations pures et simples, aux barrières du protectionnisme, en passant par la réduction du coût du travail ou par le recours à la flexibilité. Mais croire que ces remèdes seront capables de rapatrier tous les emplois délocalisés, c’est se tromper à la fois de diagnostic et de combat.
Aux Etats-Unis, Barack Obama demanda en 2011 à Steve Jobs ce qu’il fallait pour ramener sur le sol Américain les emplois manufacturiers d’Apple. La réponse fut aussi étonnante que directe : Jobs déclara qu’aucun des postes délocalisés ne reviendrait. Ce dialogue stupéfiant est le point de départ d’un article passionnant publié par le New York Times le 21 janvier dernier sur les raisons qui poussèrent le géant de l’électronique à migrer l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement vers Shenzhen, la mégalopole chinoise.
En premier lieu on soupçonne les bas salaires. Mais le quotidien new-yorkais révèle une réalité plus complexe. Les coûts de main d’œuvre des ouvriers chinois sont marginaux : 2 % du prix d’un Ipad selon The Economist. Ce qui a convaincu c’est « la vitesse et la flexibilité époustouflante » des sous-traitants asiatiques. Et en particulier leur faculté à faire varier les capacités de production à la hausse ou à la baisse en des temps record : « ils peuvent recruter 3 000 personnes en une nuit » confie un dirigeant d’Apple. Ce sont ces attributs d’un réseau de production agile et performant, essentiels pour gagner sur le plan commercial, qui font dire aux dirigeants outre atlantique que « l’Amérique n’est, à ce stade, plus capable de rivaliser ». Mais le 25 janvier, le New York Times va plus loin, donnant au passage une démonstration de journalisme dans un reportage, tout aussi captivant, sur le « coût humain » de l’iPad. Il met alors en évidence que la vivacité asiatique provient moins d’une intelligence organisationnelle que de conditions de travail souvent inacceptables et dangereuses.
Cet exemple emblématique confirme qu’il faut encourager une compétition positive basée sur le savoir faire et l’innovation – une émulation tirant les économies vers le haut – mais qu’il faut rejeter une compétition régressive qui s’appuie sur la maltraitance sociale. Malheureusement les murs aveugles du protectionnisme ne savent pas distinguer le bon grain de l’ivraie. Et l’affrontement économique sauvage et total non plus. Reste à trouver une troisième voie capable, d’un coté, de récompenser la concurrence du génie humain, et de l’autre, de pénaliser, voire proscrire, la concurrence des irresponsables. Pressé par l’opinion publique, Apple montre enfin l’exemple en divulguant un rapport complet sur les pratiques sociales de ses fournisseurs chinois, pré-requis indispensable pour discerner les bon sous-traitants des autres. Alors rêvons qu’à l’instar de ce que fit le président américain avec Steve Jobs, Nicolas Sarkozy interroge publiquement les PDG français afin que s’amplifie le cercle vertueux de la transparence.
Sur ce sujet, visionner aussi la vidéo de Jean-Marc Daniel : Réindustrialisation ne signifie pas relocalisation




UN COMMENTAIRE
Ronan
16 / 02 / 2012
Le problème c’est de trouver les emplois de demain…
Quelle sera la prochaine révolution industrielle, quand va-t-elle arriver ?
Le monde n’a pas vu d’innovations majeures dans les 20 dernières années. On a vu simplement une vaste optimisation des technologies et des connaissances existantes. Steve Job en a été l’un des principaux acteurs. Steve Job n’a jamais rien inventé, mais il a su optimiser et packager dans de jolies petites boites un concentré inédit de technologies et de fonctions.
Un iPad c’est un téléphone, un PC, une boite à lettre, une chaine hifi, une télévision, un livre, un journal, un GPS, une radio, un agenda, un appareil photo, un album photo et bien d’autres choses. Que vont devenir toutes ces autres activités/industries ?
Le problème à long terme n’est pas que Foxconn soit en Chine mais, qu’une seule usine soit suffisante pour fournir un tel produit, même s’il y a toujours de très nombreux fournisseurs en amont.
Dans un monde qui converge si vite, tout le monde va bientôt utiliser le même iPad pour accéder le même Facebook en mangeant le même MacDo sur le même table Ikea et en portant les mêmes soutient gorges (probablement pas Lejaby)… De mois en mois d’acteurs sont nécessaires pour couvrir les besoins convergents du monde.
Une fois cette convergence achevée, serons-nous au seuil d’un nouveau moyen âge on rien de va vraiment changer jusqu’à la prochaine révolution technologique ?