La finance mérite mieux que de vieilles solutions

02.02.20120

Entre la taxe Tobin et le rejet du « monde de la finance », la sphère financière, sa place et son fonctionnement, sont devenus des enjeux politiques dans la course à la présidentielle. Au-delà du débat d’idée et des décisions politiques à venir, ce billet fait le point sur les nouvelles règles du jeu déjà appelées à bouleverser le paysage bancaire.

Dans un climat anxiogène marqué par les risques souverains en zone euro, les banques européennes sont d’abord soumises à un relèvement significatif de leur base de fonds propres, pour renforcer leur solvabilité dans l’espoir de restaurer enfin la confiance des marchés. Il leur faut ainsi trouver près de 120 milliards d’euros de fonds propres, de la meilleure qualité (Core Tier 1) avant le 30 juin.

Ensuite dans le pilotage interne de leur liquidité, les banques vont devoir disposer de coussins d’actifs hautement liquides pour faire face à des épisodes de fuite de liquidité et de perte d’accès au refinancement sur les marchés, comme ceux rencontrés en 2008 lors de la disparition de Lehman Brothers. Un ratio spécifique, applicable en 2015, le LCR (Liquidity Coverage Ratio), les contraint ainsi à revoir leurs équilibres bilanciels. Les réallocations attendues porteront sur près de 1 000 milliards d’euros à l’échelle mondiale. Un second ratio, prévu lui pour fin 2018, le NSFR (Net Stable Funding Ratio), réduira pour sa part leur capacité de transformation, c'est-à-dire en gros leur capacité à utiliser les dépôts de court terme pour financer l’économie en prêtant à moyen et long terme. Le redéploiement attendu est cette fois chiffré à 1 800 milliards d’euros.

Entre le renforcement accéléré de leur solvabilité et le durcissement des exigences de liquidité, les banques européennes sont donc d’ores et déjà happées par un mouvement plus large de désendettement durable qui devrait les contraindre à revoir à la baisse leur place et leur rôle dans l’économie.

En complément de ce corsetage réglementaire déjà acté, la sphère politique verse peu d’éléments novateurs dans le débat. En particulier la taxe Tobin et la séparation des activités de BFI et de banque commerciale sont des idées anciennes, lancées il y a plus de 30 ans pour la plus récente...

Pourtant la sphère financière d’après crise fait bel et bien débat et appelle des solutions nouvelles pour compléter la refonte du cadre réglementaire.

En éliminant les acteurs les plus fragiles, la crise de 2008-2009 a en effet conduit à l’émergence d’un système bancaire plus concentré et donc en un mot plus systémique et oligopolistique qu’auparavant. L’assurance contre le risque systémique et la reconstitution des marges dans un environnement moins concurrentiel impactent directement le niveau de richesse dont disposent les citoyens. De même, la nature procyclique de la sphère financière, en alimentant des bulles spéculatives et les situations de surendettement, pose aussi question.

Face à un fonctionnement qui reste instable, on ne peut ignorer le débat autour du degré de sécurité financière auquel aspirent les citoyens. Pour restaurer un fonctionnement plus sain et moins emprunt d’aléa moral, le pouvoir politique gagnerait à fixer le niveau maximal auquel les citoyens pourraient voir leur responsabilité financière engagée en cas de crise majeure.

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Auteur

Benoît Cougnaud
Spécialiste des risques financiers

Ancien expert de la Banque de France et de banques commerciales sur les approches Bâle II, Benoit Cougnaud dirige la société Azerrisk Advantage de conseils experts en mesure et gestion des risques financiers. Il apporte des solutions sur mesure sur les risques (opérationnels, marché, liquidité et crédit) pour des banques et des entreprises de tous secteurs en Europe et à l’international (BPCE, EADS, Viel-Tradition etc.). Il enseigne les techniques de risk management à l’ESSEC et livre des analyses régulières dans la presse (Le Monde, l’Agefi).