Les Européens ne sortiront de la crise qu’en coordonnant leurs politiques économiques
26.01.20120

Le 13 janvier, Standard & Poor’s a fait plus que de dégrader la notation française de AAA à AA+. En étalant la notation de ses Etats membres sur quatre crans, de la catégorie la plus sûre, le AAA, détenue notamment par l’Allemagne, à la catégorie quasi-spéculative des BB pour Chypre et le Portugal, l’agence de notation a en réalité fait « exploser » la zone euro au motif que la convergence économique n’était pas au rendez-vous et que les efforts de coordination des politiques économiques n’étaient pas suffisants au sein de la zone euro.
En comparaison, les Etats-Unis et le Royaume-Uni conduisent actuellement des politiques économiques qui permettent de maintenir une croissance dynamique tout en assurant le financement à bas taux de la dette souveraine. En la rachetant massivement, les banques centrales américaine et britannique permettent en effet de maintenir les taux d’intérêt à des niveaux très faibles, aux alentours de 2 %. Dans la mesure où l’inflation est très nettement supérieure à 2 % dans ces pays, cela signifie que les investisseurs consentent des pertes financières ! Certes, cette situation n’est pas tenable à long terme, car elle injecte massivement de la masse monétaire dans l’économie, crée de l’inflation, rogne le pouvoir d’achat et affaiblit la monnaie. Mais elle permet de faire face, dans l’immédiat, à la tension sur le marché des dettes souveraines et de contrebalancer des politiques budgétaires très restrictives. Cela devrait nous faire réfléchir.
Inversement, la coordination des politiques économiques de la zone euro est aujourd’hui trop confuse. D’une part, la BCE mène une politique monétaire qui reste encore excessivement fondée sur la stabilité des prix. Certes, elle a mis en place certains mécanismes de soutien comme le rachat partiel de la dette souveraine et le prêt aux banques de 490 milliards d’euros sur trois ans à 1 %. Ces dispositions permettent de détendre la tension sur les marchés et de soutenir le secteur bancaire. Mais c’est insuffisant. En refusant de jouer le rôle d’acheteur en dernier ressort, la BCE crée une incertitude pour les investisseurs.
D’autre part, les Etats européens se sont lancés dans une course à l’assainissement budgétaire, dont il est difficile de dire aujourd’hui s’il permettra réellement de revenir à un endettement plus modéré en raison de la faible croissance et des résistances sociales. Ces ajustements budgétaires importants auront nécessairement, à court terme, un impact négatif sur la croissance de la zone euro.
La politique budgétaire européenne, qui n’est pas encore consolidée, est encore trop éclatée entre les pays et trop dépendante des cycles électoraux nationaux. De plus, il n’existe aucun mode de régulation entre les pays excédentaires comme l’Allemagne et les autres, comme la France, qui présentent un déficit extérieur. Or seul le chemin conjugué de l’assainissement budgétaire et du retour à la croissance permettra de surmonter la crise actuelle. Ce chemin vertueux passe nécessairement par une meilleure coordination des politiques budgétaires et monétaires de la zone euro, couplant assouplissement monétaire et rigueur budgétaire.
Auteur
Diplômée de l’ESSEC, de Sciences Po et de la Freie Universität de Berlin, Laurence Daziano est notamment maître de conférences en économie de l’entreprise à Sciences Po.





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