Un sale mec peut en cacher un(e) autre
17.01.20120
Au Parti socialiste, les partisans de Martine Aubry parient désormais sur une défaite à la présidentielle suivie d'une victoire aux législatives qui serait synonyme pour la première secrétaire d'une installation à Matignon.
L’entourage de Hollande vient enfin de comprendre que le camp d’en face avait entamé une guerre totale. Sarkozy multiplie les annonces de réformes toutes plus infaisables les unes que les autres pour occuper le terrain médiatique. Et ses affidés se multiplient en imprécations indignées à propos de chaque mot du candidat socialiste. On cherche donc au PS quelqu’un capable de jouer sur le même registre que Nadine Morano, devenue à gauche le symbole de la mauvaise foi tous azimuts.
Pendant ce temps, dans l’entourage de Martine Aubry, on savoure l’instant présent. Déjà en 2007, le mois de janvier s’était révélé redoutable pour Ségolène, alors tout imprégnée de « bravitude ». Et rue de Solférino, on pense de plus en plus que Hollande va connaître le même sort. Il laisserait ainsi le champ libre à un Sarkozy ayant donné le tournis à l’électorat à coup de promesses, de voyages à Berlin, de rendez-vous avec des syndicalistes d’entreprise à la dérive et d’injections de crédits publics dans des projets incertains.
Il s’agirait donc avant tout de gagner les législatives. D’autant que cet objectif est tout à fait atteignable dans la mesure où, dans de nombreuses circonscriptions, le Front national devrait, en se maintenant, générer les triangulaires susceptibles comme en 1997 de donner la victoire à la gauche. Une victoire législative ouvrirait à Martine Aubry les portes de Matignon, assurant à la vaincue d’octobre sa revanche de juin. Ce scénario, qui ferait donc de la première secrétaire du parti la véritable gagnante des primaires, semble de plus en plus crédible dans son camp. On y envisage la situation avec d’autant plus de sérénité que François Hollande, qui se montre là plutôt brave mec, est en train de faire en matière programmatique le sale boulot : les 60 000 créations d’emplois dans l’enseignement sont aujourd’hui un vague souvenir des temps anciens où il fallait flatter les militants ; la fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG va être renvoyée à l’étude des experts – experts que Hollande a la sagesse d’écouter de moins en moins ; le programme du PS a été déclaré « programme de temps de croissance » et donc différé sine die ; et dans son nouveau tropisme mitterrandien, Hollande a produit sa « lettre aux Français » dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle a le mérite d’être totalement vide.
Heureusement, dans cette phase délicate de sa campagne, Hollande, qui voit avec consternation Martine Aubry déjà se délecter de sa défaite, a quelques consolations. Jack Lang qui se consuma d’un amour éternel – « en un moment conçu » – pour Blois puis pour Boulogne retrouve ses racines vosgiennes. Or si le sémillant Jack a osé demander une nouvelle circonscription, il va y recevoir probablement une raclée électorale, tournant ainsi pour le parti socialiste la page des glorieuses années 1980. Autre consolation, le constat que l’extrême gauche, Mélenchon compris, est à la dérive. A force d’insulter les journalistes, il s’est coupé d’un relai vis-à-vis de l’opinion et ses bataillons ne dépassent guère les restes du Parti communiste. Hollande n’aura donc même pas besoin, pour faire semblant, de singer son maître Mitterrand dans la partie « rupture avec le capitalisme ». En outre, comme Hollande est de naturel plutôt optimiste, il positive l’affaire du « sale mec » en se persuadant qu’un certain électorat de gauche y a vu la preuve qu’il était prêt à en découdre avec le président sortant.





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