Retrouver le AAA, le défi de la décennie

16.01.20120

La dégradation de la note souveraine de la France ne constitue pas en soi une catastrophe. AA+ reste la deuxième meilleure note. Mais en décrochant ainsi de l’Allemagne, notre pays se rapproche de ceux du Sud de l’Europe, et est menacé de rester cantonné en deuxième division.

C’est donc fait ! Après les Etats-Unis en août, la France a perdu vendredi 13 janvier au soir sa précieuse note AAA. Conséquence directe de l’incapacité de l’Europe à fournir une réponse crédible à la crise de la dette souveraine, deux ans et demi après son déclenchement en Grèce, cette dégradation signée Standard & Poor’s concerne plusieurs pays de la zone euro. C’est évidemment une bien mauvaise nouvelle pour nous qui risquons de devoir payer plus cher pour emprunter auprès des marchés, alors même que nous empruntons déjà deux fois plus cher que l’Allemagne.

Comme l’a montré l’exemple américain depuis août, l’effet n’est pas forcément immédiat. Les Etats-Unis même dégradés continuent ainsi d’emprunter aux taux parmi les plus bas de leur histoire. Mais la France n’est pas les Etats-Unis, l’euro n’est pas le dollar et l'évolution imprévisible de la situation dans la zone euro où demeure un risque de faillite de la Grèce et d’effet dominos en Italie ou en Espagne, imposent une prime de risque élevée sur les émissions obligataires des pays les moins vertueux.

En réalité, le poison de la perte du triple A va exercer ses effets lentement, mais sûrement. Toutes les autres signatures, hormis peut-être celle de la Caisse des dépôts et consignations, vont être dégradées en conséquence, l’Etat servant de référence pour les autres emprunteurs public (SNCF, EDF, collectivités locales...), mais aussi pour les banques. C’est donc le crédit à l’ensemble de l’économie française qui risque de coûter plus cher à l’avenir.

En deuxième division de l'Europe

D’un point de vue plus politique, la perte du AAA est incontestablement le tournant de la campagne présidentielle. Avec l’espoir que l’on prenne enfin conscience du sérieux de la situation dans laquelle nous nous sommes englués. Certes, AA+ reste la deuxième meilleure note et il est bien plus inquiétant de voir l’Italie désormais notée BBB, soit l’antichambre d’une situation à la grecque. Mais la perspective sur la note française reste négative avec une chance sur trois d’une nouvelle dégradation d’un cran dans les prochains mois, sans doute après l’élection présidentielle. S’il faut éviter tout catastrophisme inutile, on ne peut qu’être obligé de constater que la France dégradée est menacée de se retrouver cantonnée en deuxième division de l’Europe. Notre décrochage relativement à l’Allemagne est flagrant. Notre influence politique à Bruxelles, notre capacité à nous faire entendre de nos principaux partenaires est entamée. Notre capacité aussi à participer aux dispositifs financiers d’aide aux autres pays via le FESF est remise en cause, ce qui devrait avoir pour effet d'accélérer les négociations sur le nouveau traité de gouvernance de la zone euro et la mise en place d'un mécanisme européen de stabilité pérenne.

Plutôt que de chercher à identifier les responsables, la classe politique française devrait sans attendre réfléchir au meilleur moyen de tirer parti de cet avertissement. Les questions budgétaires, la dette, les moyens de restaurer la compétitivité de la France vont sans aucun doute devenir LE sujet majeur de la campagne. Car la France n’a en réalité plus vraiment le choix.

10 ans d'efforts

Il ne reste plus que treize pays dans le monde à être notée AAA (Singapour, Canada, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande, Norvège, Danemark, Suisse, Suède, Nouvelle-Zélande, Luxembourg et Australie). Cette liste est assez édifiante car elle comprend autant de pays libéraux que de pays sociaux-démocrates. Revenir dans le peloton de tête, comme ont su le faire d’autres pays avant nous, n’est pas hors de portée. C’est aussi une question d’ambition et de volonté. Plutôt qu’une claque, il faut voir dans la décision de Standard & Poor’s un encouragement : Elève France, s’est endormi sur ses lauriers, peut beaucoup mieux faire, doit se ressaisir…

C’est le défi de la décennie à venir, car il faudra plus qu’un quinquennat pour mener les réformes économiques et budgétaires nécessaires. Il faudra les faire dans le dialogue social, avec les partenaires sociaux, en s’inspirant de ce qui a permis à l’Allemagne d’échapper à la sanction des agences de notation… Car ce qui manque à la France, autant qu’une stratégie budgétaire et fiscale cohérente, c’est une stratégie économique permettant d’inverser la tendance à l’endettement par la croissance, et pas seulement par l’austérité. En d'autre terme, un politique inverse à celle qui motive aujourd'hui le sévère jugement de Standard & Poor's, qui a noté, justement, dans le communiqué publié vendredi, que c'est bien la fuite en avant dans la rigueur, sans stratégie de croissance, qui entraine vers le bas tous les pays du sud de l'Europe, France y compris.

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