Ne conférons pas aux agences de notation un pouvoir qu’elles n’ont pas

15.01.20121

Qualifiée de "demi-surprise" par le ministre de l'Economie et des Finances, la dégradation de la France par Standard & Poor's fait pourtant les gros titres depuis vendredi soir. Les tourbillons journalistiques que suscitent les dégradations des dettes souveraines européennes sont néanmoins exagérés : les agences de notation ont finalement peu d’influence sur les taux d’emprunt d’Etat.

Les institutions financières qui investissent dans la dette d’Etat ne délèguent pas leur appréciation du risque et la rémunération qui s’y rattache, encore moins aux agences de notation. Elles s’échangent la dette de ces pays tous les jours et jusqu’ici en grande quantité. Certes les dettes espagnoles, italiennes ou grecques sont sous surveillance accrue et n’attendent plus qu’un catalyseur même bénin pour s’embraser. Mais la dette de la France obéit à des ressorts différents.

Les conséquences d’un abaissement de la notation de la dette souveraine des Etats-Unis ont été abondamment discutées durant toute la première moitié de 2011 : avec une unanimité impressionnante, on nous promettait la dislocation massive des marchés et l’explosion des taux d’emprunt aux ménages. Mais à l’annonce de la dégradation de la note américaine en août 2011, les taux d’emprunt se sont en réalité resserrés et la capacité des bons du Trésor américains à servir d’étalon en tant qu’actifs peu risqués est restée inégalée. 

On lit dans la presse que le citoyen européen redoute les agences de notation. Encore faudrait-il faire l’effort de mieux les connaître : s’il est vrai qu’elles ont, à l’époque du subprime, réussi, par complaisance ou ignorance, à vendre du plomb au prix de l’or, les agences de notations ont depuis renforcé leur indépendance et méritent d’être reconnues comme des experts sérieux offrant une perspective additionnelle sur les dettes émises par des Etats ou des entreprises.

En revanche, à force de gonfler démesurément les volumes de leurs dettes, c’est aux acteurs du marché que les Etats européens se sont soumis. Les emprunts qu’ils lèvent sur les marchés financiers par l’intermédiaire de banques d’investissement et par chacune des directions du Trésor européennes sont rémunérés en fonction de l’offre et la demande du moment. Les agences de notation ne font juste pas partie du tour de table : l’avis de Standard & Poors n’interfère pas directement avec les discussions menées par l’agence France Trésor (AFT). Dans les faits, les opérateurs de marché achètent et revendent au niveau où ils sont prêts à investir, sur la base d’évaluations internes indépendantes, faisant de l’AFT leur obligée. D’autant plus que les banques évaluent aujourd’hui plus sévèrement les dettes souveraines européennes que les agences.

Que le gouvernement français n’ait pas totalement intégré comment fonctionnaient les marchés et l’économie de la dette semble plausible. Tout comme le fait qu’il cherche à faire des agences de notation des boucs émissaires commodes à un moment où il est devenu un trop dépendant des marchés.

UN COMMENTAIRE

Cantos

17 / 01 / 2012

Merci pour cette mise au point salutaire.

La question reste posée : incompétence ? mauvaise foi ? les deux ? qui règne en maître ?

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Auteur

Christophe Malherbe travaille au sein d’une banque d’investissement à Londres, où il conseille et gère les situations de crédit difficiles dès les premiers signes de détresse  jusqu’au recouvrement de créances. Il a débuté en 2004 au sein d’un fonds d’investissement texan basé à Francfort spécialisé dans les rachats de créances douteuses. Ses activités l’ont mené depuis à travers toute l’Europe, de l’Islande à l’Ukraine, et aujourd’hui de façon répétée en Grèce, Italie ou Espagne. En somme, un changement de milieu uniquement… après une décade engagée comme officier des Forces Spéciales et observateur actif des turbulences géopolitiques mondiales.