"Triple A" en zone euro : tous menacés mais pas pour les mêmes raisons

12.12.20111

Ces derniers jours, les agences de notation ont contribué à accroître la pression sur une zone euro affaiblie en laissant croire que, face aux menaces de dégradation, les pays européens forts ou faibles seraient désormais tous dans le même bateau, en particulier la France et l’Allemagne. Cette vision des choses est à la fois trompeuse et dangereuse.

Trompeuse car s’il y a bien contagion des dégradations, en revanche les motivations de la dégradation sont très différentes.

Pour la France, menacée de perdre 2 crans, Standard & Poors invoque une perte de compétitivité durable à l’exportation et un tissu industriel en réduction constante.

Pour l’Allemagne, c’est, a contrario, le poids des exportations vers les autres membres de la zone euro qui explique la vulnérabilité de son économie face à une récession et une dégradation des conditions économiques sur ses principaux marchés clients.

Au-delà de la divergence sur l’ampleur de la dégradation (2 crans pour la France, un pour l’Allemagne), les reproches faits à la France sont de nature fondamentale et structurelle, alors que l’Allemagne se voit fragilisée de manière conjoncturelle essentiellement par « ricochet » via l’orientation exportatrice d’un appareil productif éminemment compétitif. Nier ces différences entre dégradés « structurels » et « conjoncturels » serait dramatique.

Enfin, cette vision est dangereuse, car elle tend à favoriser un traitement financier et institutionnel de court terme (masquons cette perte du AAA que l’on ne saurait voir) sans s’attaquer aux racines très rationnelles de la dégradation. Dans le cas de la France, l’agitation institutionnelle ne peut compenser en effet le manque d’action politique durable sur deux axes de travail majeurs :

  • le renforcement de la compétitivité à l’export ;
  • la réorientation du crédit des actifs immobiliers et des dépenses de fonctionnement publiques vers l’investissement productif.

Ces efforts structurels permettront d’assurer à terme que la dégradation de la note française ne tourne à un déclassement pire que douloureux, puisque durable.

UN COMMENTAIRE

L'ingénu

13 / 12 / 2011

Pistes intéressantes; mais concrètement, comment fait on pour réorienter le crédit de l'immobilier et du finacement de la dette publique vers l'investissement productif?

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Auteur

Benoît Cougnaud
Spécialiste des risques financiers

Ancien expert de la Banque de France et de banques commerciales sur les approches Bâle II, Benoit Cougnaud dirige la société Azerrisk Advantage de conseils experts en mesure et gestion des risques financiers. Il apporte des solutions sur mesure sur les risques (opérationnels, marché, liquidité et crédit) pour des banques et des entreprises de tous secteurs en Europe et à l’international (BPCE, EADS, Viel-Tradition etc.). Il enseigne les techniques de risk management à l’ESSEC et livre des analyses régulières dans la presse (Le Monde, l’Agefi).