Couvrez cette Allemagne que je ne saurais voir
07.12.20110
Les Français ne connaissent pas la langue allemande, et l’apprennent de moins en moins. Ils ne vont pas non plus en Allemagne faire du tourisme. Ils préfèrent l’Espagne et l’Italie. Et voilà qu’on leur demande de devenir un peu Allemands.
Les Français ne connaissent pas la langue allemande, et l’apprennent de moins en moins. Ils ne vont pas non plus en Allemagne faire du tourisme. Ils préfèrent l’Espagne et l’Italie.
Ont-ils la moindre idée de ce qu’est ce pays qui a connu plus qu’aucune nation européenne la rage de la destruction, et d’abord de l’auto-destruction ? Pays ravagé, sacrifié, démantelé, puis réunifié à grands coups de compétitivité et d’efforts dont aucun Français n’accepterait le quart. Pays qui a tenté d’enrayer la désindustrialisation dans laquelle la France s’est jetée par amour invétéré des fameux « services ». Tout au plus goûtent-ils les lampions des marchés de Noël, qu’ils vont cependant admirer à Strasbourg plus volontiers qu’à Francfort ou à Dresde.
Et voilà qu’on leur demande de devenir un peu Allemands. Autant leur demander de devenir Moldo-valaques ou Ostrogoths : qu’est-ce au juste que cette Allemagne dont on nous rebat les oreilles ?
Et pourtant, la campagne électorale sera allemande ou elle ne sera pas. C’est le mérite d’Arnaud Montebourg que de nous rappeler que l’Allemagne, c’est Bismarck et la Prusse. Quelques fantassins du Parti Socialiste enfoncent le clou : l’Allemagne, c’est l’autorité et la raideur. Bel exemple de culture européenne. On a échappé à la charcuterie et aux culottes de peau.
Il n’en fallait pas davantage pour que les dignitaires de l’UMP se confondent en déclarations germanophiles, Alain Juppé en tête. Mais nul n’eut le culot côté UMP de rappeler que l’implosion du Pacte de Stabilité en 2003 fut l’œuvre du Président Chirac, et devait durablement faire diverger nos deux pays. Germanophile un jour, germanophile pas toujours.
Le retour en grâce du modèle allemand réveille des clivages qu’on pensait d’un autre temps. Car même dans les rangs de l’UMP, cette convergence ne plaît pas à tout le monde. D’abord parce que cela met l’Europe au cœur du débat électoral, quand d’autres auraient voulu au contraire y mettre l’éducation, les immigrés, la souveraineté et même le nucléaire. Ensuite, parce que les parlementaires ont bien du mal à faire comprendre, sur les marchés du dimanche, que la France gagnerait à céder aux injonctions de l’inflexible Allemagne. Circulent çà et là des protestations : « occupation douce », « annexion économique », « 1940 version crise financière »…
Les Allemands ont sauvé leur agriculture, leur industrie, leurs finances publiques : mais une campagne électorale n’est-elle pas le pire moment pour faire le bilan de dix années de politiques dont on voit de part et d’autre du Rhin les effets par gros temps ?
On se demande en somme si les sorties de Montebourg n’arrangent pas le jeu de bien des gens de tous les côtés de l’échiquier politique : encore un effort, et on aura réveillé outre-Rhin quelques relents de francophobie, qui tueront dans l’œuf les velléités présidentielles de convergence. On aura enfin rendu service à la France et sur les marchés du dimanche, on ne parlera plus que des sujets sérieux.





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