Il ne faut pas trop attendre de la conférence sur le climat qui s'est ouverte aujourd'hui à Durban. Face aux défis environnementaux, la méthode française du Grenelle tend à prouver qu’il y a sans doute plus à attendre de l’accumulation d’initiatives ciblées, concrètes et efficaces que de grands engagements sur des promesses trop souvent inconsidérées.
Le Grenelle de l’environnement fut critiqué aussi fortement qu’il fut annoncé comme le déclencheur d’une profonde transformation. Pas seulement à cause de l’opposition mais également à cause des déclarations du chef de l’état qui rapidement passa du « new deal écologique » à « l’environnement […] ça commence à bien faire ». Pourtant, deux mesures à l’actualité du mois d’octobre, et issues du chantier lancé en 2007 par Jean-Louis Borloo, montrent que « la montagne n’a pas forcément accouché que d’une souris ».
La première mesure, la réglementation thermique 2012 (RT2012) ou réglementation « Bâtiment Basse Consommation » (BBC) – entrée en vigueur le jeudi 28 octobre 2011 – prévoit que les constructions neuves affichent une consommation d’énergie inférieure à 50 kWh/m²/an contre 150 kWh/m²/an auparavant. Les maisons individuelles y seront soumises en 2013. En attendant 2020 ou tous les nouveaux bâtiments devront être à « énergie zéro ». Cette disposition est d’autant plus importante que l’habitat représente plus de 40 % des dépenses d’énergie. Mais elle est ambitieuse : le Xerfi annonce qu’elle engendrera des surcoûts de 15 à 20 % afin de palier le déficit de matériaux innovants et de compétences en éco-construction. Enfin « la question essentielle est la question de la rénovation » souligne Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris. Et pour les bâtiments existants (99 %), uniquement des incitations avec notamment l’éco-prêt à taux zéro. La transition vers les éco-bâtiments restera le grand défi. Mais au final RT2012 tirera le secteur du BTP vers le haut avec à la clé des emplois non délocalisables.
La seconde mesure, l’étiquetage environnemental, dont l’objectif est de permettre aux consommateurs d’intégrer le critère environnemental dans leurs achats, n’en est elle qu’au stade de l’expérimentation Menée depuis juillet par 160 entreprises, celle-ci faisait l’objet début octobre d’un rapport d’étape. D’énormes difficultés subsistent : complexité des indicateurs, manque de comparabilité, déficit de tiers certificateurs. Mais comme le rappelle la ministre du Développement durable, Nathalie Kosciusko-Morizet, c’est une « première mondiale ». Là aussi peu de risque de retour en arrière : la mesure nous engage dans la voie de l’innovation et transformera les habitudes des chaînes d’approvisionnement.
Le développement durable c’est prendre en compte les intérêts des parties prenantes avant d’agir. En ce sens, la méthode du Grenelle – 3 mois de débats entre 5 collèges (patronats, syndicats, état, collectivités locales, ONG) – fut exemplaire. Mais ces travaux participatifs ne pouvaient qu’engendrer des changements incrémentaux. L’erreur fut d’annoncer une révolution écologique en « mettant tout le monde autour de la table ». Surenchère qui fit grimper les attentes inutilement. Et aujourd’hui certains participant font partir les « bébés du Grenelle avec l’eau du bain ». A force de prôner une révolution verte, nous en avons oublié l’intérêt « des petits pas ». Face aux défis environnementaux, l’erreur serait de tomber dans une dictature de l’écologie, n’ayant d’autre conséquence que de bloquer toute évolution durable. Espérons que le futur président saura continuer sur les traces du Grenelle mais sans pour autant annoncer de nouveau le « grand soir de l’écologie ».




LES 2 COMMENTAIRES
Bernard
30 / 11 / 2011
Bonjour, Vision de terrain (BET bâtiment) Si l'habitat est le secteur qui consomme 40% de l'énergie, à qui la faute ? Le développement de l'habitat collectif est insuffisant. Les 30 à 40 000 nouveaux logements construits chaque année sont loin de couvrir les besoins. Les perspectives 2012 sont revues à la baisse. Quelques programmes ''vertueux'' ont vu le jour...Incitation ou poudre aux yeux ? Hors l'initiative publique se réduisant comme peau de chagrin, que constate-t-on côté ''privé''. Les règlementations à venir RT 2012 et suivantes ne vont certainement pas faciliter l'initiative individuelle. Les primo accédants ont de moins en moins la possibilité de ''construire''. La flambée des prix du foncier d'une part, le coût de la construction, le surcoût du bâti BBC, la diminution des aides publiques,la remontée du taux de tva sur les travaux d'isolation / rénovation, la montée du chômage, la frilosité des banques sont de nature à neutraliser l'effet espéré d'un élan vertueux ''du plus grand nombre''. La réduction de la consommation d'énergie du bâti individuel ne peut se faire que si l'acteur individuel privé y trouve un intérêt sonnant et trébuchant...,et surtout s'il en a les moyens. Les conditions d'éligibilité au PTZ limitées au primo accédants sous conditions de ressources sont telles que les foyers disposant de peu de moyens peuvent y prétendre. La belle affaire !!! Le pret n'ouvre pas droit à l'APL. Le montant des PTZ représente 10 à 20% du coût d'opérations dont les montants sont plafonnés en dessous du coût réel de construction BBC. Bluf ou mesure pour bobo ? A défaut de réelles incitations et de moyens...il reste l'autoconstruction !!! et pourquoi pas l'entraide (version rurale XIX ème.)Vu de Paris... c'est beau !! En attendant la distribution (matériaux de construction) n'a pas attendu et déjà bien repèré cette cible. Soyez assuré que mon propos de terrain, hors IDF , certes acidulé...n'est pas de nature à cautionner un quelconque découragement. Chantier en construction .
Sylvain Guyoton
02 / 12 / 2011
Merci Bernard pour cette éclairage supplémentaire. Même si je notais dans mon billet l'amélioration en terme d'efficacité énergétique du cadre légale pour les constructions neuves, il est effectivement bon de rapeller qu'en parallèlle le nombre de constructions neuves diminuent pour certaines des raisons que vous avez évoqué. Ces raisons sont surtout extérieures la RT2012 (dynmique du marché, etc.,) je crois. Même si évidement la norme RT2012 va augmenter temporairement le couts initial des constructions neuves, on ne peut pas lui incriminer la baisse du volume des constructions neuves dans les dernière années puisqu'elle celle-ci est entrée en vigueur le mois dernier. Enfin il ne faut pas sous-estimer le levier d'innovation que cela va créer. Au final, lorque la conjecture permettra de réaugmenter le volume des constructions, celles-ci devront êtres plus efficaces énergétiquement, et cela reste en mon sens une avancée positive. Merci