Sortir de la crise

08.11.20110

Avec la crise des dettes souveraines dans la zone euro, la récession frappe à nouveau à la porte. Retrouver le chemin d’une croissance vertueuse par le désendettement nécessitera dix ans d’efforts. Notre dossier, avec les contributions de Jean-Marc Daniel, Daniel ChevertFrédéric Monlouis-Félicité et Mathieu Mucherie, et les interviews de Philippe CrouzetFrançoise Gri et Xavier Huillard.

Sortir de la crise

La crise financière, économique, sociale, et maintenant politique en Europe, n’en finit plus d’occuper l’actualité depuis son déclenchement, en 2008, aux Etats-Unis. Crise de l’endettement, privé avec les « subprime » mais aussi public avec l’envolée des dettes souveraines. Mais aussi drôle de crise, qui affecte surtout les pays occidentaux, tandis que le monde émergent affiche des taux de croissance toujours spectaculaires. Comme l’a montré le sixième G20, qui vient de se tenir à Cannes, la crise actuelle redessine la carte de la puissance mondiale : la Chine, hier usine du monde, est appelé à la rescousse par une Europe en panne de capitaux qui entre en compétition frontale avec les Etats-Unis pour accéder aux 3 000 milliards de dollars de réserves accumulés par l’empire du Milieu.

Après un court répit, porté par l’espoir d’une reprise mondiale en 2010-2011, une nouvelle récession menace donc les pays développés. C’est la première fois depuis les années Trente que deux récessions se succéderaient avec aussi peu d’intervalle. Celle de 2008-2009 a creusé les déficits publics et détruit de nombreux emplois industriels. Le chômage, redevenu la préoccupation majeure de l’opinion, résiste, aux Etats-Unis comme en Europe aux remèdes de cheval, budgétaires et monétaires, qui sont pourtant employés. Ce faisant, les pays occidentaux sont brutalement rappelés à la réalité : ils ne peuvent plus espérer pouvoir comme par le passé vivre au-dessus de leurs moyens en comptant sur l’extérieur pour financer leurs déficits. Il va leur falloir s’habituer à réduire leur train de vie et s’adapter à une nouvelle donne mondiale, où la croissance se gagne par les efforts de productivité et de compétitivité.

C’est vrai pour les Etats-Unis, où le blocage politique au Congrès en cette année pré-électorale fait peser une épée de Damoclès sur le monde entier, au fil des négociations entre Républicains et Démocrates pour relever le plafond de la dette. La perte de la précieuse note Triple A accordée par l’agence de notation Standard & Poor’s n’a pas encore eu d’effet sur le financement de la dette américaine, mais a fait chuter les Etats-Unis de leur piédestal. Pour la première fois depuis les années 1970, la « job machine » américaine a des ratés et la croissance reste désespérément faible.

C’est vrai pour l’Europe qui joue son destin sur la crise de l’euro. Dix ans après son introduction, la monnaie unique européenne est menacée par le manque de discipline économique et financière dont ont fait preuve de nombreux pays membres de la zone. Ils se croyaient à l’abri du parapluie allemand et pouvoir bénéficier sans contrepartie des mêmes taux d’intérêt. Les investisseurs ont brutalement rappelé à la réalité ceux qui avaient cru pouvoir tricher sur leurs comptes ou qui ont laissé dériver leur compétitivité par rapport à l’Allemagne. Le drame qui se joue en Grèce, mais qui a aussi atteint le Portugal, l’Espagne, et maintenant l’Italie, est loin d’être terminé, malgré l’espoir engendré par l’accord européen du 26 octobre. Car, en imposant la rigueur à marche forcée, la crise des dettes souveraine fait peser une contrainte extraordinairement forte sur la croissance. Or, sans croissance, le plan de sauvetage de la Grèce échouera sur le mur de la récession.

C’est vrai enfin pour la France, menacée à son tour de perdre sa notation Triple A. Depuis que l’agence Moody’s a placé la dette de notre pays sous surveillance, début octobre, l’écart de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne sur les emprunts d’Etat à dix ans a doublé. Autrement dit, quand le Trésor français emprunte à près de 3,1 %, son homologue allemand le fait à 1,9 %... On est encore loin des niveaux grecs qui, s’ils pouvaient emprunter, le feraient à 25 %, ou italiens, qui doivent payer plus de 6 %. Mais les Français le savent désormais : ils ne sont plus à l’abri d’une contagion de la crise des dettes souveraines. Pour conserver sa signature, la France va devoir multiplier les efforts pour maintenir sa crédibilité auprès de ses prêteurs internationaux, qui détiennent les deux tiers de la dette publique en circulation. Cette situation exerce déjà une forte pression sur les programmes électoraux. La droite comme la gauche savent qu’ils sont dépositaires et co-responsables du maintien du Triple A de la France. Cela va obliger chacun des partis et chacun des candidats à se situer sur une ligne de crête étroite en renonçant aux promesses non financées ou démagogiques. Ce qui n’est pas forcément un mal. L’exercice de chiffrage du pré-programme du parti socialiste par l’Institut de l’entreprise témoigne de l’intérêt des Français pour la crédibilité de l’offre politique à venir. Ce chiffrage systématique sera réalisé dans les mêmes conditions pour tous les projets des partis de gouvernement au cours de la campagne.

L’objet du dossier qui suit est de dresser l’état des lieux de la crise et des scénarios de sortie qui sont sur la table. Une chose semble sûre, il faudra des années d’efforts pour retrouver le chemin d’une croissance stable et forte et d’un endettement public soutenable. L’enjeu n’est pas seulement celui de la rigueur nécessaire pour rassurer les marchés et tenir les engagements de réduction des déficits. Il est plus encore de retrouver la compétitivité du site France qui a perdu du terrain depuis dix ans. Y parvenir nécessitera de chercher enfin les réponses à un certain nombre de questions fondamentales pour l'avenir du pays : quel modèle social est à même de garantir l'équité, quelles priorités économiques pour assurer la prospérité collective, quels moyens au service de quelles politiques publiques, quelle place pour la France dans le monde ? Tel devrait être l’alpha et l’oméga de toute politique économique de sortie de crise et finalement, le seul programme électoral crédible pour les cinq années qui viennent.

C'est grave docteur ? par Jean-Marc Daniel

La France ou la drôle de crise par Daniel Chevert

10 ans d'efforts par Frédéric Monlouis-Félicité

Paroles de patrons
Philippe Crouzet : Renover notre modèle social
Françoise Gri : Redynamiser le marché du travail
Xavier Huillard : Miser sur les jeunes

Europe cherche stratégie pour sortie de crise par Mathieu Mucherie

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