Taxer les dividendes va réduire l'attractivité des entreprises françaises

26.06.20120

La taxe de 3 % sur les dividendes annoncée par le gouvernement part d'une idée fausse et va avoir des conséquences néfastes sur la capacité des entreprises françaises à attirer les investissements dont elles ont pourtant dramatiquement besoin.

Le gouvernement a décidé l’instauration d’une taxe de 3 % sur les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires. Par cette mesure, François Hollande honore une de ses promesses de campagne qui visait à appliquer un double taux d’impôt sur les sociétés selon que les bénéfices étaient ou non réinvestis. Sous cette forme, elle a au moins, pour Michel Taly, deux vertus : taxer les dividendes est en effet plus simple techniquement que mettre en place un double taux et, ainsi posée, elle a le mérite de la clarté en assumant son objectif de taxation des revenus distribués.

L’ennui, c’est que cette volonté ferme de pénaliser la distribution s’appuie en réalité sur une idée fausse consistant à penser que le profit de l’entreprise ne serait légitime que lorsqu’il est réinvesti. Or nous sommes là face à une double erreur de raisonnement. Premièrement, il n’est pas forcément bon pour une entreprise de réinvestir tout ce qu’elle gagne : ce n’est pas parce qu’elle a beaucoup d’argent qu’elle a beaucoup de projets. Ainsi, cet argent pourrait, une fois distribué, être plus utilement, pour l’économie dans son ensemble, réinvesti dans d’autres entreprises aux projets plus porteurs. Deuxièmement, un euro distribué n’est pas un euro perdu : en le distribuant, une entreprise est tout à fait en mesure d'attirer suffisamment d’investisseurs pour récupérer bien plus que son euro de départ.

Au-delà de l’erreur de raisonnement, déjà dommageable en soit, cette taxation des dividendes fait courir à nos entreprises un risque réel en termes de compétitivité et d’attractivité. De compétitivité d’abord car elle augmente mécaniquement le taux d’impôt français sur les sociétés. D’attractivité ensuite car, en baissant le dividende net d’impôt distribué aux investisseurs, elle compromet la capacité des entreprises françaises à attirer des capitaux, qu’ils soient étrangers ou non, d’ailleurs. Or ces dernières, handicapées, relativement à leurs concurrentes étrangères, par un système de retraites par répartition qui n’investit pas en actions, sont déjà sur le front des sources de financement disponibles plutôt défavorisées.

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Auteur

Charlotte Cabaton a été, dans le cadre de ses fonctions à l'Institut de l'entreprise, rédactrice en chef du site Débat&co et adjointe au directeur de la rédaction de la revue Sociétal jusqu'en octobre 2012.