Quel modèle économique pour la France?

16.04.20120

« Rapprocher la France d'un système qui marche », « emboiter le pas de l'Allemagne »... Fin octobre 2011, dans une interview télévisée, Nicolas Sarkozy avait ainsi vanté la réussite économique allemande, et tout l'intérêt que la France aurait à s'en inspirer. L’Allemagne affiche en effet de meilleurs résultats que la France tant en termes de chômage, de croissance que de finances publiques. Autre bon élève européen, la Suède a été classée deuxième en 2011 par le Forum économique mondial en termes de compétitivité. Reste à savoir quelles sont les spécificités de ces deux modèles et ce qui, en leur sein, serait susceptible d’inspirer la France pour restaurer la croissance.

Partenaires privilégiés, la France et l’Allemagne ont toutefois développé des stratégies économiques bien distinctes. Au cœur des divergences structurelles des deux voisins, expliquant l’écart de performance économique, on retrouve la place accordée à l’entreprise. Alors que l’Allemagne a placé l’entreprise au cœur de son modèle de croissance, la France l’a, elle, renvoyée à un second rang, l’Etat conservant un rôle prépondérant. « Le choix français consistant à faire peser sur le système productif le poids d’un Etat distributeur de rentes, lequel lui confisque l’essentiel de ses gains de productivité, peut certes entretenir un temps, l’illusion d’un niveau de vie artificiel. Mais à long terme, il finit par déboucher sur un processus cumulatif de rétrécissement de la base productive et de gonflement des déficits et de l’endettement » soulignait l’économiste Alain Fabre, dans son étude publiée par l’Institut de l’entreprise « Le choix de l’entreprise, comment la France peut s’inspirer de l’Allemagne », présentée le 13 avril dernier, lors d’une conférence débat. En 2009, la part des dépenses publiques en France s’élevait à 56 % contre 47,5 % en Allemagne.

En Allemagne : stratégie de long terme et dialogue social efficace

Le modèle allemand se caractérise entre autre par une stratégie de long terme reposant sur l’idée que l’entreprise est une communauté de richesses partagées et par conséquent le lieu légitime dans lequel les gains de productivité sont conservés pour alimenter un processus d’accumulation de capital. Une philosophie entrepreneuriale qui permet aux entreprises allemandes de développer la production, l’investissement, l’exportation ou encore les innovations. Les PME allemandes financent ainsi à 71 % l’innovation par des fonds propres. A contrario, la France a tendance à soutenir la consommation ce qui ne permet pas aux entreprises d’investir. Hors commerce intra-européen, la France a perdu près de 20 % de ses parts de marché entre 1995 et 2005, contre une érosion de seulement 4 % de celles de l’Allemagne. « Dans l’industrie manufacturière, les entreprises allemandes consacrent près de 50 milliards d’euros à l’effort de R&D contre 25 milliards d’euros en France » explique Alain Fabre. Une stratégie qui leur permet de garantir leur compétitivité et de créer les conditions de développement du lien social. « Derrière l’économie, il y a un modèle de démocratie que les allemands ont mis 10 ans à mettre en place à savoir la construction d’un dialogue social efficace qui responsabilise les acteurs » précise René Lasserre, directeur du Centre d’information et de Recherche sur l’Allemagne Contemporaine (CIRAC). Il ajoute : « Le socle de ce dialogue apparaît sous la forme d’un conseil d’entreprise, unique instance représentative, au sein de laquelle les partenaires discutent ensemble de la productivité, du temps de travail ou encore de la formation ». En ce qui concerne l’alternance, les entreprises allemandes sont d’ailleurs au cœur du dispositif tandis qu’en France elles ne sont que co-auteur avec l’Education nationale et non maître d’œuvre. « Le consensus auquel parviennent chefs d’entreprise et salariés allemands fondé sur la modération salariale moyennant le maintien dans l’emploi peut s’avérer gagnant. Les salariés de l’industrie notamment ont perçu il y a peu des salaires en hausse » explique Alain Fabre. Enfin, les disparités entre les modèles économiques des deux pays se font également jour en termes de contrôle de la concurrence. Celle-ci touche tous les secteurs en Allemagne tandis qu’en France on assiste à une dérive des prix dans certains secteurs liée à l’absence de concurrence. « A titre d’exemple, les prix des biens de consommations courantes sont entre 20 % et 25 % inférieurs en Allemagne » indique René Lasserre. Aux côtés de l’Allemagne, la Suède apparaît également comme une autre locomotive européenne. Les dirigeants suédois ont d’ailleurs « mis sous concurrence l’ensemble du secteur des biens et services » atteste Gilles Saint-Paul, professeur d’économie à la Toulouse School of Economics, membre du Conseil d’analyse économique et co-auteur d’un rapport de l’EEAG sur le modèle suédois.

En Suède : maîtrise des finances publiques

Concrètement, la Suède s’est d’abord illustrée dans la maîtrise de ses finances publiques. Alors que la France affiche un déficit public de 5,2 % du PIB, la Suède, elle, obtient un déficit public de 0,6 % du PIB malgré la crise. En réalité, la conjoncture économique mondiale a malgré tout eu des répercussions puisqu’avant la crise les comptes publics suédois affichaient un surplus budgétaire de 3,6 % du PIB obtenu grâce aux mesures structurelles mises en place au début des années 1990. A cette époque, la Suède avait du affronter l’effondrement d’une bulle immobilière, une hausse brutale du taux de chômage (10 %) et des déficits publics culminant à 12 % du PIB. Le pays a alors adopté d’importantes réformes structurelles dont l’instauration de pratiques budgétaires basées sur un plafonnement des dépenses avec l’objectif admis par tous d’un excédent des finances publiques de 1 % par an en moyenne sur la durée du cycle économique. Les ministères ont été contraints de ne pas dépasser un certain seuil de dépenses publiques. Une ambitieuse réforme des retraites a également été menée. Un mécanisme automatique de réajustement à la baisse des retraites a été mis en place chaque fois que le système affichait un déficit. « Lorsqu’il y avait moins d’argent dans les caisses, une réduction des prestations était opérée » précise Gilles Saint-Paul. Il ajoute : « toutefois, avec la crise, le calcul a été revu afin d’éviter une trop forte baisse des retraites ». Soutenues par un taux de croissance moyen d’environ 0,5 % par an et couplées à une forte dévaluation de la couronne suédoise de l’ordre de 20 %, ces réformes avaient alors permis de compenser notamment la baisse de la consommation inhérente à la crise. Une stratégie économique qui porte aujourd’hui ses fruits, la Suède étant un des pays les plus compétitifs quand la France perd du terrain.

Sur le même sujet, voir les vidéos de René Lasserre, directeur du Centre d'information et de Recherche sur l'Allemagne Contemporaine (CIRAC) et d'Alain Fabre, économiste et rapporteur de l'étude publiée par l'Institut de l'entreprise « Le choix de l'entreprise, comment la France peut s'inspirer de l'Allemagne ».

 



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