L’annonce avait fait grand bruit lorsqu’en décembre dernier l’ambassadeur du Qatar à Paris avait révélé la création d’un fonds d’investissement de 50 millions d’euros à destination des entrepreneurs des banlieues françaises. La crainte d’une prise de contrôle des « quartiers » par un fonds souverain étranger avait alors été largement relayée par les médias. Une impression démentie sur le terrain puisqu’en réalité les entreprises françaises sont loin d’être absentes des banlieues.
En atteste le rapport 2011 de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles : pas moins de 59 701 établissements (toutes entreprises confondues y compris les auto-entrepreneurs) ont été recensés au 1er janvier 2010 en Zus (zone urbaine sensible) soit une augmentation de 9,5 % par rapport à 2009. Des chiffres qui montrent un intérêt croissant des entreprises pour ces territoires. Précurseur, BNP Paribas a lancé dès 2006 un Projet banlieues, porté par sa Fondation, qui s’attèle notamment à la création d’emplois dans les quartiers sensibles, l’accompagnement scolaire des élèves en difficulté ou encore le soutien financier d’associations locales. Une démarche liée à la « présence historique de l’établissement dans les zones urbaines plutôt que dans le monde rural. Nous avons tissé ce plan à partir de nos agences présentes sur le terrain, nos clients et nos collaborateurs étant en banlieue. Nous employons aujourd’hui près de 7 000 personnes en Seine-Saint-Denis sur un effectif total de 60 000 en France » précise la banque. Toutefois, si les entreprises n’ont pas déserté la banlieue il n’en reste pas moins, comme le souligne le rapport 2011, que le taux de chômage est toujours plus élevé dans les Zus qu’ailleurs. En 2010, il a progressé de 2,3 points par rapport à 2009 et atteint 20,9 %. Dans ce contexte, la banque vient de renouveler début mars son plan pour 3 ans avec une enveloppe de 4,5 millions d’euros par an. Elle est également partenaire de l’Adie, l’Association pour le droit à l’initiative économique, créée en 1989 par Maria Nowak, qui finance les micro-entrepreneurs n’ayant pas accès au crédit bancaire, et plus particulièrement les chômeurs et les allocataires des minima sociaux, à travers le microcrédit. Nouveauté de cette année, le réseau des agences de BNP Paribas va être mis à contribution afin que les conseillers bancaires puissent identifier en direct sur le terrain les projets de microfinance. « Le montant aujourd’hui de la ligne de crédits distribués via l’Adie s’élève à 6 millions d’euros » précise la BNP.
De grands noms de la finance engagés
Dans la foulée de l’établissement bancaire, de grands noms de la finance se sont à leur tour, dès 2007-2008, intéressés aux entrepreneurs des banlieues. Claude Bébéar (Axa), Gilles Cahen Salvador (LBO France), Alain Joly (ex président d’Air Liquide) ou encore Eric de Rothschild et Gérard Worms ont ainsi participé à la création du fonds d’investissement BAC (Business Angels des Cités) fondé à l’initiative d’Aziz Senni. BAC investit dans des PME en création ou lancées récemment, des sommes comprises entre 50 000 et 1 million d’euros. Jacques Attali, lui, a lancé, par le biais de son organisation de solidarité internationale PlaNet Finance, une société de capital-risque solidaire FinanCités, dont la mission est de soutenir le développement des petites entreprises des quartiers. Doté de 6,5 millions d’euros, le fonds a déjà investi, avec le concours entre autres de la banque HSBC et de la Caisse des dépôts, quelque 2,4 millions d’euros dans pas moins de 45 PME situées en banlieue. L’entité s’intéresse notamment en ce moment au projet Yoola basé à Gennevilliers, une agence de voyage spécialisée dans l’accompagnement des personnes handicapées leur permettant d’assister aux principales manifestations sportives comme les JO de Londres. « Les projets intéressants ne manquent pas et nous envisageons cette année de lever un nouveau fonds. Jusqu’ici nous intervenions essentiellement en fonds propres, cette fois nous réfléchissons à des investissements en prêts participatifs afin de pouvoir intervenir plus rapidement et être plus proches des besoins des jeunes entrepreneurs » explique le président du directoire de FinanCités, Joël Pain. De son côté, Laurence Méhaignerie, ancienne conseillère technique d’Azouz Begag, coauteur, en 2004, du rapport sur « Les oubliés de l’égalité des chances », s’est associée avec Pierre Olivier Barennes, ancien du fonds d’investissement BridgePoint Capital pour créer Citizen Capital. Avec ses partenaires (Axa Private Equity, CDC entreprises, La banque postale,…), le fonds de capital investissement s’adresse à des sociétés déjà établies, en besoin de développement et nécessitant des fonds conséquents, entre 0,3 et 2,2 millions d’euros. Pour l’heure, Citizen Capital, doté, au total, de 22 millions d’euros a investi quelque 8 millions d’euros dans 4 PME dont trois sont implantées en banlieue (Saint-Denis, Clichy, Rungis).
Concilier performances économiques et impact social
Et pour preuve de la rentabilité que peuvent générer ces investissements, Citizen Capital vient de céder sa participation dans une de ses PME en rétrocédant une part de sa plus-value aux salariés. Les débuts avaient pourtant été longs et ardus. « Nous avons mis deux ans à gagner la confiance d’investisseurs pour la démarche de Citizen Capital. A l’origine, concilier les performances économiques et l’impact social relève davantage d’une tradition anglo-saxonne que française » précise la présidente, Laurence Méhaignerie. Au président du directoire de FinanCités d’ajouter : « des acteurs comme les business angels sont encore trop peu nombreux dans les banlieues. Beaucoup d’investisseurs privilégient des projets d’entreprises issus des mêmes secteurs qu’eux comme les high tech alors que ce sont des sociétés de services qui y émergent le plus ». Néanmoins de nouvelles initiatives continuent d’apparaître. BNP Paribas vient d’investir dans PhiTrust Partenaires, un des pionniers de l’investissement dans des entreprises sociales et solidaires proposant des solutions en matière de lutte contre l’exclusion ou encore de développement durable. Quelque 43 responsables de grands groupes dont Alstom, Air France, L’Oréal, Suez environnement et la Société générale ont signé début mars à Bobigny un « engagement national des entreprises pour l’emploi dans les quartiers populaires ». Quant au plan d’investissement de 50 millions d’euros du Qatar proposé fin 2011 afin de financer des projets économiques portés par les entrepreneurs des quartiers, il n’a pour le moment pas encore eu de suite concrète.




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