Produire en France ? Encore faut-il savoir quoi et comment

15.03.20120

Le constat alarmant sur la perte de compétitivité de notre pays a créé un électrochoc. Politiques, chefs d’entreprises et syndicalistes commencent à proposer des solutions.

Avec les difficultés de Lejaby et de Caddie, les menaces récurrentes sur la sidérurgie lorraine, ou la polémique sur l’usine ouverte par Renault au Maroc, le thème du « produire en France » s’est installé dans la campagne présidentielle, mis en avant en particulier par François Bayrou. De fait, le constat est alarmant. En 2011, l’industrie ne représentait plus que 12 % des emplois en France, contre 16 % en 1990. Et le tissu d’entreprises exportatrices s’est réduit de 15 % depuis 2002. « Plus inquiétant, nos parts de marché dans le commerce  intra-européen et celles réalisées avec nos pays partenaires habituels se rétractent toutes les deux aussi », soulignait Xavier Huillard, PDG de Vinci et président de l’Institut de l’entreprise, lors d’un débat avec François Bayrou organisé le 14 mars par l’Institut avec L’Expansion.

Le prix n'est pas tout

Comment enrayer le mouvement qui risque de se transformer en spirale dangereuse ? Beaucoup a été écrit sur le coût du travail, qui, trop élevé, pénaliserait nos entreprises. « Pourtant, je ne peux pas considérer qu’un ouvrier touchant 1 070 euros par mois après une dizaine d’années d’ancienneté gagne trop, constatait François Bayrou lors de ce débat, en relatant sa discussion avec un salarié d’une PME normande. J’observe aussi qu’avec une même structure de coûts, l’Allemagne et la Suisse s’en sortent mieux. Ce n’est donc pas le coût du travail qui est forcément la clé ». Difficile, bien sûr, de rivaliser frontalement avec le « low cost » produit dans les pays à très bas salaires. Mais le prix n’est pas, loin s’en faut, l’unique critère de choix du consommateur. Les Français qui achètent une berline Audi ou un lave-linge Miele paient le prix fort pour du « made in Germany » synonyme depuis des années de robustesse, de qualité et de fiabilité. Impossible pour un industriel français ? Sûrement pas. Dans le petit électroménager, la société Magimix, très secrète, réussit à vendre ses mixers et ses cafetières aux prix les plus forts du marché, avec même un grille-pain à plus de 300 euros. Preuve que le « fabriqué en Bourgogne » peut se forger la même réputation que le « made in Germany ». Outre la qualité, le service ou l’innovation peuvent faire la différence. François Bayrou rappelait qu’un constructeur automobile sud-coréen avait réussi à pénétrer le marché français en offrant une garantie de sept ans sur ses modèles. Et c’est un nouveau matériau, le Zénix, trois fois plus résistant que la porcelaine, qui permet au groupe Arc International (Pyrex, Arcopal…) de conserver en France plus de 5 000 emplois sur son site d’Arques, dans le Nord.

Mobiliser toutes les énergies

La reconquête semble donc possible. A condition, bien sûr, de mobiliser toutes les énergies, « d’installer un état d’esprit », selon l’expression de Xavier Huillard. Une mobilisation qui commence par l’entreprise elle-même vis à vis de ses partenaires et de ses salariés. Dans une tribune aux Echos datée du 15 mars, Louis Gallois, le président exécutif d’EADS, rappelle qu’Airbus ne produit en interne que 15 % de la valeur ajoutée d’un avion et que son groupe achète donc chaque année pour 10 milliards d’euros en France et 25 milliards en Europe. Parfaite illustration de ce tissu de partenaires au cœur duquel se retrouve chaque grand groupe et sur lequel il porte donc une responsabilité. « Nous sommes dans un écosystème et nous avons tous besoin les uns des autres, expliquait Xavier Huillard durant le débat. Et il faut donc arrêter d’opposer les petites entreprises et les grandes ». Ce n’est qu’en resserrant ces liens, en s’épaulant dans les périodes difficiles, en partageant les idées et les innovations que l’industrie hexagonale créera les produits et services susceptibles de lui redonner demain sa place mondiale.

Dans cette reconquête, les hommes occupent bien sûr une place essentielle. « Il n’y a pas de réussite dans la durée s’il n’y a pas réussite d’un projet humain », rappelait Xavier Huillard. Encore faut-il que le dialogue social puisse sortir du carcan où il s’est parfois enfermé. Mais, là encore, rien n’est perdu. « La compétitivité est l’affaire de tous » s’intitulait une tribune de François Chérèque dans Le Monde daté du 13 mars. « La compétitivité n’est pas une fin en soi, elle est une condition de l’emploi, de la cohésion sociale et de la croissance. Il faut agir sur la qualité des produits et services, la formation, l’organisation du travail, la recherche », détaillait le secrétaire général de la CFDT, en appelant les entreprises à « former plutôt que licencier, sécuriser les parcours des salariés, développer l’alternance », comme le fait l’industrie allemande. Un discours d’ouverture qui peut ouvrir bien des perspectives.

Un conseil pour la compétitivité

Quant à l’Etat, son rôle est essentiel aussi. En développant la formation des jeunes ainsi que l’effort de recherche national. En pérennisant des dispositifs qui ont fait leurs preuves comme le crédit d’impôt recherche. Mais aussi et surtout en apportant de la stabilité et de la visibilité aux entreprises. « Un des moyens de mieux produire en France, c’est d’arrêter de produire du texte de loi ! », raillait Xavier Huillard en réclamant un moratoire pour tous ces changements de règles et en souhaitant l’installation, au plus haut niveau de l’Etat, d’un « conseil pour la compétitivité » chargé d’élaborer une vision commune et surtout d’analyser l’impact potentiel sur la compétitivité de tout projet de réforme de quelque nature qu’il soit. « Impossible de faire pousser une plante si on remue le sol tous les jours », confirmait François Bayrou, qui prône, lui, un « commissariat national aux stratégies » chargé d’aider la France à changer d’état d’esprit.

Indéniablement, les chiffres désastreux égrenés ces derniers mois sur la désindustrialisation et la perte de compétitivité de notre pays ont agi comme un électrochoc. Reste au futur président à ne pas se tromper de réponse.

 

Lire le rapport de l'Institut de l'entreprise : Pour un choc de compétitivité

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Auteur

Journaliste

Ingénieur de formation et passée par l'enseignement, Odile Esposito débute sa carrière de journaliste à l'Usine Nouvelle, dont elle finira par prendre la rédaction en chef, avant d'intégrer les Echos, où elle dirigera notamment la rédaction du site internet, puis la Tribune, au poste de rédactrice en chef Industrie et Services puis Editos/Opinions. Désormais freelance, elle collabore à la rédaction de Débat&co.

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