Industrie : s’il suffisait d’une banque…
08.02.20120

Oseo Industrie, la banque de l’industrie promise par Nicolas Sarkozy, sera bientôt opérationnelle. Une bonne nouvelle. A condition toutefois que les dirigeants maintiennent la flamme de l’envie et de l’audace…
Le chef de l’Etat l’avait annoncée le mois dernier. Elle est officiellement sur les rails. Oseo Industrie, la banque de l’industrie promise par Nicolas Sarkozy, devrait être opérationnelle dès la fin février a assuré François Drouin, le PDG d’Oseo, en présentant son bilan 2011. Elle sera dotée d’un milliard d’euros de fonds propres, ce qui lui permettra d’accorder 12 milliards d’euros de prêts exclusivement réservés aux entreprises industrielles. Jusqu’à présent, Oseo, qui disposait de 2 milliards d’euros de fonds propres, finançait l’industrie à hauteur d’environ 5 milliards d’euros (soit 40 % de ses encours). Grâce au milliard supplémentaire spécifiquement dédié à l’industrie, l’organisme public espère faire grimper ce ratio aux alentours de 55 %, permettant notamment un meilleur soutien de ces fameuses entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui ont tant de peine à se développer en France.
L’industrie étant traditionnellement très gourmande en capitaux, chacun se réjouira de ces moyens supplémentaires mis à disposition des entreprises. Pour autant, le financement est-il aujourd’hui le seul moteur susceptible de faire redémarrer la machine industrielle ? A en croire le PDG d’Oseo, les banques ont maintenu sans rechigner leurs investissements dans les PME, malgré la crise. Et François Drouin se réjouit d’une sinistralité restée très faible en 2011, à l’exception notable du secteur des travaux publics et du bâtiment. Et de louer la « très forte réactivité par rapport à la crise des entrepreneurs ».
De fait, avec ses multiples dispositifs de soutien à l’innovation, à l’exportation ou à la réindustrialisation, Oseo partage plutôt le quotidien des dirigeants les plus entreprenants, qui misent sur la recherche, sur l’international, et qui tentent de réorienter leur activité lorsque leur marché traditionnel se dérobe. Parmi les bénéficiaires des 200 millions d’euros d’aides à la réindustrialisation versées en 2011 par l’organisme public, figure ainsi MPO, en Mayenne. Au fil des années, la société Moulages Plastiques de l’Ouest, créée en 1957, a su passer du disque vinyle au CD, au DVD, au Blue-Ray puis à la musique en ligne, modifiant ses activités en permanence sous la pression de la concurrence asiatique. En 2010, pour contrer le déclin de cette industrie, elle s’est lancée dans un métier totalement nouveau pour elle, le capteur solaire, en partenariat avec d’autres PME et des centres de recherche. Elle démarre actuellement une usine à Villaines-la-Juhel, en Mayenne, qui a nécessité 45 millions d’euros d’investissement et qu’elle espère doubler très vite.
Un pari audacieux, à l’heure où la filière solaire souffre fortement en Europe, pénalisée par la baisse des subventions et par la montée de la concurrence chinoise : l’allemand Q-Cells, au bord de la faillite, vient d’être repris par ses créanciers ; et le français Photowatt, avec 442 salariés en Isère, en redressement judiciaire, attend de connaître son sort, la date limite pour les offres de reprise étant fixée au 10 février. Parmi les candidats à la reprise, figure d’ailleurs MPO…
Gonflé ! Mais l’industrie, n’est-ce pas aussi ce mélange d’audace et d’envie ?
Auteur
Ingénieur de formation et passée par l'enseignement, Odile Esposito débute sa carrière de journaliste à l'Usine Nouvelle, dont elle finira par prendre la rédaction en chef, avant d'intégrer les Echos, où elle dirigera notamment la rédaction du site internet, puis la Tribune, au poste de rédactrice en chef Industrie et Services puis Editos/Opinions. Désormais freelance, elle collabore à la rédaction de Débat&co.





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