
Débat&co – En quoi la mondialisation des échanges a-t-elle transformé les entreprises françaises ?
Didier Lombard – Des activités comme celles de France Télécom ne peuvent être pérennes si elles ne sont pas basées sur un champ d’activité mondiale. Si vous voulez être leader, vous devez investir dans l’innovation et vous êtes contraint d’avoir un bassin d’amortissement des dépenses suffisamment large. Vous êtes naturellement globalisé.
Débat&co – La France offre-t-elle un cadre propice à l’insertion de ses entreprises dans la mondialisation ?
Didier Lombard – Dans tous les pays où nous nous trouvons, il y a des règles différentes. Dans chaque géographie, vous devez vous interroger sur la façon dont vous allez vous adapter à la norme locale. Si elle est impossible, vous partez, vous faites autre chose. J’ai la chance d’être dans un pays merveilleux où il y a des formations de qualité, des gens dynamiques.
Débat&co – Parler d’entreprise française – au sens de sa nationalité – cela reste-t-il pertinent ?
Didier Lombard – Bien sûr. Raconter qu’il y a des groupes internationaux devenus des espèces d’entreprises apatrides où les décisions sont prises de façon ésotérique n’est pas sérieux. Toutes les entreprises du monde ont une nationalité. Regardez Coca-Cola ou Nike. France Télécom est une entreprise française. Quand je prends une décision, je la prends dans l’intérêt du groupe dans sa géographie globale mais aussi en tant que Français. Nous avons décidé d'équiper l’hexagone en ADSL parce que je savais que nous y étions un acteur essentiel et qu’il fallait que nous respections notre sanctuaire.
Pour faire passer des décisions peu conformes à l’intérêt national, certains vous expliquent qu’ils sont internationaux. Ce ne sont que des fariboles. Il faut tordre le cou au rêve de l’entreprise multinationale qu’on dirait tout droit sorti d’un ouvrage de science-fiction.
Débat&co – Une entreprise européenne est-elle envisageable ?
Didier Lombard – Il faudrait d’abord qu’il y ait un statut d’entreprise européenne. Nous ne sommes pas encore mûrs mais cela arrivera. Les Etats-Unis étaient dans la même situation il y a un siècle. Les programmes d’échanges universitaires Erasmus sont déjà à l’origine de mouvements de société. C’est par les jeunes que l’entreprise européenne verra le jour.
Débat&co – Comment faites-vous face à l’actuelle triple crise – financière, énergétique et alimentaire ?
Didier Lombard – Les télécoms sont devenus un besoin essentiel. En fait, ils ne sont pas les premiers impactés par cette crise. Même dans des pays qui ont une économie fragile, dans les pays africains qui souffrent actuellement beaucoup, les besoins et la consommation de télécoms ne paraissent pas décroître aujourd'hui. Ce qui n’est pas sans nous inquiéter notamment au regard des besoins alimentaires. Cependant il ne faut pas se leurrer : France Télécom ne peut pas à lui seul être un acteur efficace. Les volumes en cause font que nous sommes au niveau de la goutte d’eau dans un océan de besoins. En revanche, nous participons aux efforts globaux pour lutter contre les pénuries alimentaires. Tout en sachant que cela s’insère dans un cadre plus général. Quand vous êtes dans un pays, vous devez jouer votre rôle social. C’est la raison pour laquelle nous avons créé la fondation France Télécom devenue Fondation Orange, il y a vingt-et-un ans.
Nous avons récemment acheté l’opérateur du Kenya et nous n’avions pas encore un seul abonné que nous étions déjà en train de travailler avec la Croix Rouge locale dans les zones sinistrées par la guerre civile. Nous ne pouvons pas rester étrangers à la vie sociale des pays où nous sommes présents. Parce que les télécoms sont considérés comme un besoin primordial. Vous faites des profits liés à la vie sociale des gens, vous vous devez d’y participer.
Les entreprises cherchant à accroître leur profit, leur chiffre d’affaires ou leur part de marché, il est admis que leurs intérêts sont par elles bien compris.