L'Etat français vient de nommer un nouveau PDG pour EDF. Pour autant, cette décision ne lui permet de sortir de l'ambigüité qu'il a développée ces derniers temps. L'Etat, par, l'intermédiaire des différentes autorités, exige en effet de vendre toujours moins cher, toujours plus décarboné, toujours plus renouvelable et toujours plus européanisé. Or, ces différents objectifs ne peuvent se compenser complètement, surtout d'ici cinq ans.
Il faut que l'Etat français repositionne ses priorités et affiche clairement la nécessité de protéger l'avantage carbone du système électrique français. Ce faisant, il pourra légitimement exiger des énergéticiens l'adaptation de leur plan stratégique et arbitrer de façon cohérente les tarifs de l'électricité.
Tout le monde s'en mêle : les ministères, les autorités de régulation comme la CRE mais aussi l'autorité de la concurrence, la Commission européenne, les associations de consommateurs ou les associations qui se réclament de l'écologie. Le rapport Champsaur, le troisième EPR, le Grenelle II, le paquet climat-énergie, la taxe carbone, l'accumulation des dossiers contentieux...
Qui peut sereinement trouver la cohérence d'ensemble de cet empilement de textes, de lois, de jurisprudence ? Aucun de ces éléments pris séparément n'est illégitime, mais il est assez évident qu'aujourd'hui, sur la base des décisions mises bout à bout, les autorités pratiquent l'injonction paradoxale. Il est impératif que certaines orientations soient être plus nettement tranchées pour préserver le système électrique français qui est un atout majeur de notre compétitivité nationale et de préservation du pouvoir d'achat.
D’autant qu’il constitue un avantage comparatif réel et durable, au delà des questions de prix de court terme. La France a une situation carbone très en avance en Europe. Le contenu carbone moyen du parc de production français électrique est de 70g/KWh (import incluse), et est cinq fois inférieur à la moyenne européenne. Ainsi, en fixant la valeur tutélaire du carbone à 100 euros la tonne de CO2, l'avantage serait de 14 milliards d'euros de non dépense carbone sur l'ensemble de la consommation électrique. On le voit bien : les choix politiques d'aujourd'hui doivent préserver cet avantage carbone et continuer à nous protéger des tensions d'approvisionnement et de prix à venir sur les marchés des énergies fossiles.
Si nul ne peut prétendre à la vérité en la matière, on ne peut pourtant pas se passer de quelques principes de réalité. Première réalité, la France doit investir pour moderniser son parc de production, thermique, mais aussi et surtout nucléaire : la maintenance d'un parc vieillissant est de plus en plus chère ; la prolongation de dix ans, voir vingt ans de la durée des centrales suppose aussi des investissements. Deuxième réalité, la France doit investir pour développer de nouveaux outils de production : les énergies renouvelables évidemment mais aussi les EPR et le charbon propre trop souvent oublié. Troisième réalité, la France doit investir à nouveau pour moderniser ses réseaux de transports et de distribution. Quatrième réalité, la France doit investir pour développer de nouvelles technologies pour coupler de façon optimale production et consommation : la meilleure puissance électrique est celle que l'on ne consomme pas, c'est le négawatt.
La conséquence est assez évidente : il faut investir pour protéger l'avantage carbone français ce qui nécessite des prix aux consommateurs en hausse. C'est sur ces bases et dans le cadre de ses engagements européens que le pouvoir politique doit mettre en cohérence son action et, entre autres, ses incitations fiscales. Il pourra ensuite afficher d'autres convictions et ses arbitrages.
Il faut que chacun puisse prendre part au débat, sans tabous et sans oukases. Le prix du pétrole remontera bientôt et dans sa foulée ceux du gaz puis de l'électricité. En parallèle, les concurrents de la France se préparent activement. Il est donc temps de sortir de l'injonction paradoxale énergétique et de protéger l'avantage carbone du système électrique français.
