Le paquet climat-énergie a été voté fin 2008. Une nouvelle étape réglementaire oblige à nouveau les entreprises européennes à s’adapter à des contraintes toujours plus fortes. Mais aujourd’hui la réglementation n’est plus le seul moteur puisqu’une série d’actions volontaristes se développera en parallèle afin de répondre aux nouvelles exigences des clients souhaitant réduire l’empreinte carbone des biens et des services. La cible de la neutralité carbone va devenir à la fois centrale et systématique au sein des entreprises. Les managements mais aussi les Conseils d’Administration doivent s’en saisir.
Si depuis quelque temps déjà, le carbone est devenu dans l’entreprise un enjeu de responsabilité sociale et parfois même une nécessité en termes d’image dans certains secteurs, il touche désormais les produits, l’outil de production et le pilotage financier puisqu’il a un coût, et bientôt une fiscalité.
Depuis plusieurs années, les entreprises industrielles, notamment les plus émettrices en carbone, constituent la cible d’ajustement des pouvoirs publics en Europe. Outre le fait que c’était politiquement plus simple, il est indéniable que cette stratégie répondait à un souci d’efficacité car, en travaillant sur un nombre limité de sites industriels, il était possible d’atteindre des résultats tangibles dans un temps raisonnable. Malgré tout, ce travail s’est opéré dans l’ombre car ces sites sont peu connus du grand public. Avec le paquet climat-énergie qui confirme l’existence et le renforcement des marchés d’ajustement CO2 en Europe, il est probable que certaines grandes entreprises vont aller plus loin que les contraintes réglementaires en décrétant notamment la neutralité carbone sur leurs nouvelles installations industrielles. Anticipant ainsi un durcissement de la fiscalité, ces entreprises travaillent sur leur compétitivité à moyen terme.
Le CO2 est désormais aussi devenu une affaire grand public : la mesure des émissions devient un véritable argument de marketing et de vente. Les particuliers sont encore peu exposés à un système d’incitation ou de désincitation fiscale et la voie en la matière est loin d’être tracée à court terme. En plus des subsides et réductions d’impôts accordés aux économies d’énergie dans l’habitation, les voitures ont déjà servi en Belgique de moyen d’expérimentation : réduction au niveau fédéral octroyée à l’achat d’un véhicule peu polluant ou éco-bonus/malus appliqué à la taxe de mise en circulation en Wallonie. Il est donc à prévoir que très rapidement une contrainte fiscale similaire va se généraliser pour les particuliers, notamment pour les équipements de la maison gourmands en énergie. Au-delà de cette contrainte, les consommateurs ne vont-ils pas commencer à arbitrer leurs achats en intégrant l’empreinte carbone des produits ? Ainsi, Danone, pour répondre aux futures exigences des consommateurs, a d’ores et déjà décidé que sa bouteille d’Evian aurait atteint la neutralité carbone en 2011. Pour atteindre cet objectif, les entreprises doivent lancer de grandes opérations de re-engineering produits mais aussi travailler sur l’empreinte carbone des circuits logistiques et de distribution.
Le marketing et l’outil de production sont intimement liés : cette interdépendance rend difficile le pilotage de la phase de transition et nécessite un niveau de supervision très élevé dans l’entreprise. Face à la complexité du sujet, les dirigeants vont développer des modes de pilotage transversaux qui touchent à l’ensemble de leurs activités mais aussi aux objectifs managériaux et pourquoi pas jusqu’à l’attribution de primes. À l’échelle des grands groupes, il est nécessaire de structurer des indicateurs de performance C02, à l’image de ceux qui existent sur les frais généraux ou le lancement d’opérations commerciales majeures, et d’orchestrer le suivi des plans d’actions. Cette nécessité de contrôle associée à la complexité de gestion va entraîner la création d’un nouveau comité dans les organes exécutifs puis dans les conseils d’administration : le Comité Carbone.
Ce billet reproduit une article paru le 24 mars 2009 dans le quotidien belge L'Echo.
