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Les liaisons dangereuses

par Jean-Marc Daniel | Publié le 13 octobre 2008 à 10h51 | 14 commentaires

La crise financière traduirait-elle un échec du marché ? Non. Elle traduit la nocivité d’une politique monétaire menée pour l’Etat.

 

Après les années 1980 qui virent le gouverneur de la Réserve fédérale, Paul Volcker, heurter de front les déficits de l’administration Reagan, on nomma à sa place Alan Greenspan, qui organisa le passage à une politique monétaire conforme aux attentes des dirigeants de Washington. Grand emprunteur devant l’Eternel, l’Etat a en effet été le premier bénéficiaire des bas taux d’intérêt américains. Qu’on ne s’y trompe pas : c’est cette nationalisation inavouée de la politique monétaire faite au nom du soutien de la croissance qui trouve aujourd’hui son aboutissement dans la nationalisation des banques.

 

Si l’on se réfère à Richard Musgrave, l’Etat a trois fonctions : l’allocation, la stabilisation conjoncturelle et la redistribution.

 

L’Etat peut modifier la répartition des revenus selon une vision politique de la justice sociale: c’est la  fonction de redistribution.

 

Les deux autres fonctions sont plus économiques.

 

En termes d’allocation, l’Etat intervient quand les conditions de l’équilibre de marché  ne sont pas réunies. C’est le cas pour les activités qui ne peuvent être en concurrence. Activité qui n’est pas en concurrence, la défense nationale. C’est le cas de celles qui ne sont pas en rendements décroissants ; c’est à dire celles dont les coûts s’amenuisent quand la production s’accroît, celles où les premiers biens produits coûtent beaucoup et les derniers presque rien. Activité où il n’y a pas de rendements décroissants, les activités de réseau comme le transport de l’électricité. C’est enfin le cas des activités à externalité négative ; c’est à dire les activités dont les conséquences à long terme se manifestent sans que producteurs et consommateurs ne les perçoivent. La pollution en est l’archétype, le tabac avec ses dégâts sur la santé en est un autre. L’Etat doit gérer l’armée, se mêler du prix de la cigarette, des droits à polluer ou de la gestion de RTE. Mais il doit laisser vivre les cigarettiers et privatiser EDF. S’il va au-delà de ces prérogatives, s’il se veut producteur, s’il empêche la concurrence, il suscite des rentes, c’est à dire des revenus non liés à un travail productif.

 

Dans sa troisième mission, la stabilisation conjoncturelle, on pourrait juger naturel de confier la politique monétaire à l’Etat. D’autant que la création monétaire n’est pas à rendements décroissants. Elle se fait par le crédit et attribuer un prêt supplémentaire n’occasionne guère de frais. Mais l’Etat régulateur de la conjoncture joue de son budget et se fait ainsi "producteur" d’emprunts. Et pour les emprunts comme pour le reste, quand l’Etat  produit, il crée des rentes… La dette publique fournit des revenus sans risque et sans travail !! C’est pourquoi il doit s’effacer dans le domaine monétaire. Le rôle de la banque centrale est d’éviter les rentes monétaires en orientant la création de monnaie vers la création de richesse. Cela suppose des règles claires comme l’étaient celles de l’étalon-or, comme le sont celles du Pacte de stabilité et de croissance, règles qui ne sont que l’affirmation d’un principe général, celui du refus, conforme à l’esprit de l’économie de marché, des revenus indus et des spoliations que créent l’inflation ; ou les faillites bancaires ; ou les nationalisations…