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Périclès périclite

par Jean-Marc Daniel | Publié le 21 décembre 2009 à 11h42 | 5 commentaires

La notation des dettes publiques ajoute un peu plus au ridicule des agences de notation, elles  qui se sont distinguées dans la crise par leur incapacité à avoir pressenti la déroute financière.

 

Depuis les origines de la science économique, les économistes ont insisté sur la différence de nature entre les entreprises et les Etats. La règle comptable qui conduit à déclarer qu’une entreprise est en  faillite est simple : doit disparaître toute entreprise dont les pertes cumulées ont réduit les fonds propres à néant ; en revanche, l’évaluation objective de la situation des comptes publics est impossible.

 

Que les Etats ne soient pas des entreprises et qu’en outre les banques centrales aient été créées au XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle comme prêteur en dernier ressort notamment en faveur des Etats n’ébranlent cependant pas les notateurs. On finit par se demander si l’objet de leurs notations est d’assurer un gagne pain facile à des ignares pédants ou d’affoler par jeu des ignares crédules.

 

Revenons donc plutôt sur quatre points.

 

Premier point : qu’on se rassure, la Grèce trouvera dans la BCE le prêteur ultime dont elle pourrait avoir besoin. Certes, Francfort fera les gros yeux et la BCE étant partagée entre plusieurs pays, les conditions et les modes de financement de l’Etat grec feront l’objet de négociations âpres entre membres de la zone ; cela sera tragique, dramatique… grec en somme !

 

Mais nous pouvons donner un conseil pratique à tous les investisseurs : précipitez-vous sur la dette grecque. C’est en effet le moyen d’avoir de l’euro à un taux de 260 points de base au-dessus de ce que rapporte la dette allemande… D’ailleurs, dans les périodes de forte hausse du prix du pétrole, les Russes ne s’y trompent pas : ils placent leurs excédents en dette grecque. Ce faisant, ils manifestent leur solidarité orthodoxe tout en bénéficiant d’une rémunération confortable.

 

Deuxième point : l’Argentine, pays devenu un symbole de banqueroute, a fait défaut car elle était endettée en dollars. Le problème d’un pays endetté en devises étrangères est directement un problème de banque centrale et indirectement un problème d’Etat. Quand l’Etat augmente ses impôts et réduit ses dépenses, ce qu’il reçoit, c’est des sommes libellées dans sa propre monnaie et non les dollars que réclame l’endettement extérieur. Toutefois, la rigueur budgétaire, en baissant la demande intérieure, fait apparaître un excédent extérieur dont la conséquence est une entrée dans les caisses de la banque centrale des dollars dont le pays a besoin. C’est là la justification des politiques d’ajustement structurel qu’impose le FMI aux pays qui ont été obligés de lui emprunter des dollars

 

Dubaï, qui partage avec la Grèce l’actualité des Etats à la dérive, doit des dollars à ses créanciers, dollars qui ne sont pas émis à Dubaï. D’où pour ce pays la nécessité de trouver de nouveaux prêteurs à court terme et de reconstituer ses réserves de change à moyen terme. Le redressement en cours des comptes publics n’apportera pas directement de dollars à l’Etat de Dubaï. En revanche, il va conduire à une réduction de la demande, à une limitation des importations et à l’excédent commercial salvateur.

 

En ce qui concerne la Grèce, la dette est en euros ; si bien que le schéma qui s’applique à Dubaï ou s’appliquait à l’Argentine n’est pas pertinent.

 

Troisième point : l’économie grecque est malade. Elle l’est de sa situation budgétaire, mais plus encore de son manque de compétitivité. Si le déficit budgétaire représente 13 % du PIB – soit 35 Md€ – le déficit extérieur se monte à 10 % du PIB. Ce déficit extérieur signifie que la Grèce en général-et pas seulement l’Etat – vit au-dessus de ses moyens. Pour redresser la situation, alors que les débouchés dans les pays voisins – Bulgarie, Roumanie – vont reculer à cause des politiques d’austérité qui y sont menées et que la concurrence turque est plus forte que jamais, la Grèce a besoin d’une sévère déflation. Ce que la population se refuse à admettre. L’enjeu grec n’est pas celui de la banqueroute mais celui de la capacité du nouveau gouvernement à faire accepter une politique  de baisse du pouvoir d’achat.

 

Quatrième point : on est en droit de se demander comment on peut soir et matin entendre certains vanter les mérites retrouvés de Keynes et d’autres annoncer simultanément que la banqueroute menace. Tout ceci manque de cohérence – et de sérieux ! Précisons donc les choses : la banqueroute, le défaut de paiement ne menacent personne mais l’étouffement des services publics par une charge d’intérêts croissante est devenu l’héritage problématique de politiques keynésiennes irresponsables. La dette grecque est malsaine avant tout parce que l’Etat grec assume de moins en moins ses missions ; hélas, il en va de même en France…